Défense

Comment Ouattara veut asphyxier le régime Gbagbo

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Alassane Ouattara, ici le 10 novembre 2010, compte sur un soulèvement populaire contre Gbagbo.

Alassane Ouattara, ici le 10 novembre 2010, compte sur un soulèvement populaire contre Gbagbo. © AFP

L’armée et l’argent sont les deux ressorts du pouvoir en Côte d’Ivoire. Les deux présidents proclamés Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont chacun leur avantage : le premier contrôle l’institution militaire quand le second bénéficie du soutien de la communauté internationale et donc des comptes financiers de l’État ivoirien. Ce qui, à terme, pourrait avoir un impact sur le soutien des militaires au président sortant.

Ce n’est pas un secret : la lutte pour le pouvoir entre Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara passe autant par le contrôle des  mécanismes financiers de l’État que par celui de l’armée. Mais alors que le camp Gbagbo croit maîtriser la « Grande muette », sa fébrilité ne fait plus aucun doute concernant les leviers financiers de son gouvernement. La porte-parole de ce dernier, Jacqueline Lohoues Oble, a dénoncé vendredi dans un communiqué lu à la RTI « la volonté de M. Ouattara et de ses soutiens régionaux et internationaux de faire jouer à la BCEAO [Banque centrales des États d’Afrique de l’Ouest, NDLR] un rôle politique qui n`est pas le sien », en essayant de désigner « de nouveaux représentants dans les organes de l`UEMOA » [l`Union économique et monétaire ouest-africaine, NDLR] pour la Côte d’ivoire.

De fait, le camp Gbagbo a de quoi s’inquiéter. « Les États ont toujours un compte en devises auprès de la direction nationale de la Banque centrale (BCEAO). Toutes les opérations avec le FMI, les bailleurs, l’étranger, passent par ce compte », explique un expert financier, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest. « Par exemple, l’aide publique au développement de la France à la Côte d’Ivoire est versée sur ce compte. C’est aussi le cas des ressources liées à l’import/export, comme les taxes sur les revenus du cacao ou du pétrole. C’est une énorme partie du budget », poursuit-il. « Actuellement, trois personnes ont la signature sur ce compte: Alassane Ouattara, le Premier ministre Guillaume Soro et le ministre de l’Économie Charles Diby Koffi, qui l’avait déjà ».

Ouattara, un adversaire de taille

En outre, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a expliqué dès le début de décembre que son institution, dont Abidjan attend un considérable allègement de dette, ne travaillerait pas avec un gouvernement non reconnu par les Nations unies, ce qui est le cas de celui de Laurent Gbagbo.

Pour le président sortant, l’adversaire Ouattara est de taille : rompu aux mécanismes de la finance, l’ancien directeur adjoint du FMI, table sur un grignotage des pouvoirs économiques de son rival. « Gbagbo fait face à des mesures qui l’étranglent progressivement: M. Ouattara a commencé à nommer des ambassadeurs, il y a les sanctions individuelles prises par l’Union européenne, il y a la fermeture des comptes de l’État avec la seule signature reconnue, celle d’Alassane Ouattara », assure un haut responsable français.

Réserves considérables

Pour ce responsable, « la reconnaissance de la seule signature de Ouattara » doit avoir un impact à une échéance plus ou moins longue sur la paie des militaires, dont la loyauté à Laurent Gbagbo est cruciale. « Il faut environ un mois pour que cette reconnaissance produise des effets concrets », ajoute-t-il.

Mais certains experts pensent que la lenteur du processus et les effets politiques des sanctions  pourraient renforcer le président sortant auprès des Ivoiriens. En outre, Laurent Gbagbo dispose très probablement de réserves financières considérables échappant au contrôle international. « Dans le cas du clan Gbagbo, la leçon depuis le début de la crise, c’est que les pressions extérieures sont utilisées comme une ressource politique, retournées dans une logique de souveraineté ultra-nationaliste », note Richard Banegas, historien spécialiste de la Côte d’Ivoire.

« Laurent Gbagbo contrôle les lieux de production et d’exportation du pétrole et du cacao [dont le pays est le premier producteur mondial, ndlr] (…) Si on voulait étouffer le régime, il faudrait par exemple envisager le blocus du port d’Abidjan », ajoute-t-il. Ce qui n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour. Mais en Côte d’Ivoire, rien n’est impossible. (Avec AFP)

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