Politique

L’ONU accuse le camp Gbagbo d’enlever des militants pro-Ouattara

Mis à jour le 20 décembre 2010 à 09:15

Pendant le couvre-feu, à l’abri des regards, la répression continue en Côte d’Ivoire. Selon l’ONU, qui comptabilise plus de 50 morts depuis jeudi dernier, les forces de l’ordre et les milices pro-Gbagbo sont responsables de centaines d’enlèvements nocturnes de partisans du président élu Alassane Ouattara.

Après les violents événements de jeudi dernier, quand une marche pro-Ouattara a été réprimée dans le sang, le camp Gbagbo aurait-il commencer à « faire le ménage » discrètement dans le pays ? C’est ce qu’affirme, à Genève, la Haut commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Navi Pillay.

Celle-ci a dénoncé dimanche soir des « violations massives des droits de l’Homme » en Côte d’ivoire et évoqué des enlèvements dont des « centaines de victimes et membres de leurs familles » ont fait état. Selon elle, ces enlèvements seraient commis « particulièrement la nuit [pendant le couvre-feu, NDLR], par des individus armés non identifiés en tenue militaire, accompagnés d’éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) ou de milices ». C’est ce qui s’est passé, par exemple, à Bassam après que des heurts entre jeunes pro-Ouattara et forces de l’ordre ont eu lieu samedi, à la suite d’un attentat perpétré dans une mosquée la veille.

Sous la menace de la CPI

Les FDS sous les ordres du général Philippe Mangou sont le pilier sécuritaire du régime Gbagbo. Autant dire que les menaces de la Cour pénale internationale (CPI) de traduire en justice tout responsable d’exactions en Côte d’ivoire n’ont pas l’air d’impressionner le chef d’état-major des armées de Gbagbo.

L’ONU rejette par ailleurs l’exigence de Laurent Gbagbo d’un retrait des Casques bleus du pays et affirme que les violences ont fait « ces trois derniers jours plus de 50 morts et plus de 200 blessés », alors que les précédents bilans faisaient état de 11 à 45 morts, selon les camps Gbagbo et Ouattara, respectivement.

"Gbagbo doit retenir ses troupes"

Parallèlement, la France a également refusé de retirer son contingent sous mandat de l’ONU, la Force Licorne. La ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a jugé dimanche soir que le président sortant n’avait « plus aucune compétence et aucun pouvoir » et que sa demande n’avait « aucun sens, ni pour l’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire), ni pour la France ».

Elle a par ailleurs précisé que les quelque 900 militaires français présents en Côte d’ivoire n’étaient pas dans le pays « pour s’interposer entre les Ivoiriens. […] C’est à la force internationale d’agir […]. Ce n’est pas à eux [les Français, NDLR] de s’interposer et ils ne feront pas ». Si les troupes françaises « étaient directement attaquées, a-t-elle encore expliqué, vous avez des règles internationales […] il y a un droit à la légitime défense quand on est attaqué, c’est valable pour toutes les armées du monde et pour tous les militaires du monde. Mais il n’est pas question de prendre une initiative en la matière ». Et d’avertir solennellement Laurent Gbagbo : « S’il ne veut pas avoir des morts sur la conscience, il faut qu’il retienne ses troupes. […] Il lui revient dans les heures qui viennent de faire un choix : est-ce qu’il va être quelqu’un qui restera dans l’Histoire comme un démocrate […] ou est-ce quelqu’un qui va laisser l’image de celui qui aura fait tirer sur des Ivoiriens ? » (Avec AFP)