Défense

Gbagbo – ONU : le bras de fer se durcit

| Par
Le nombre des Casques bleus de l’Onuci pourrait être revu à la hausse.

Le nombre des Casques bleus de l'Onuci pourrait être revu à la hausse. © AFP

Laurent Gbagbo n’étant pas reconnu par la communauté internationale, ses exigences d’un retrait des forces de l’ONU de Côte d’Ivoire ont été rejetées en bloc. Le mandat de l’Onuci, dont les effectifs pourraient augmenter au besoin, a été reconduit de six mois. Au risque, bien-sûr, d’affrontements armés avec le camp du président sortant, plus va-t-en-guerre que jamais.

Lundi 20 décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé de six mois le mandat de sa force en Côte d’Ivoire, faisant fi des exigences du président sortant Laurent Gbagbo d’un retrait du pays des « forces impartiales ». La résolution adoptée envisage même « d’autoriser le secrétaire général [des Nations unies Ban Ki-moon] à redéployer davantage de troupes, en fonction des besoins […] sur une base temporaire ».

Un camouflet pour Gbagbo, qui accuse la mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) d’avoir pris parti pour le président élu Alassane Dramane Ouattara. Mais la communauté internationale dans son entier ne reconnaît tout simplement plus le président sortant comme chef d’État, et juge donc ses demandes illégitimes. La situation est bloquée, le dialogue rompu et les prémices de nouveaux troubles bien réels.

C’est le chef des opérations de maintien de la paix des Nations unies lui-même qui l’affirme. Alain Le Roy estime que l’Onuci risque désormais une confrontation « dangereuse » avec les forces de Gbagbo d’autant que, selon lui, le président sortant, qui s’accroche à son fauteuil contre vents et marées, a bien recours à des « mercenaires » étrangers. « Nous avons confirmation, l’Onuci a pu vérifier que parmi les éléments qui travaillent avec le camp Gbagbo il y a quelques mercenaires, quelques dizaines », a-t-il indiqué. Le camp du président élu Alassane Ouattara affirme depuis le début de la crise que son rival emploie des miliciens du Liberia voisin. Ces accusations ne seraient donc pas si farfelues.

Politique du pire

Que va faire le camp Gbagbo ? De plus en plus isolé comme le montrent les sanctions de l’Union européenne contre Gbagbo et 18 de ses proches (et bientôt celles des États-Unis), il pourrait jouer la politique du pire, au risque de jeter la Côte d’Ivoire dans une guerre fratricide. En tout cas, les vieilles recettes ultra-nationalistes sont ressorties. C’est la pâte qu’essaie de faire lever le « général de la rue » et ministre de la Jeunesse du gouvernement Gilbert Marie N’Gbo Aké, Charles Blé Goudé. Mais il n’est pas sûr que, cette fois, la jeunesse ivoirienne soit prête à donner sa vie pour un homme qui s’est plus illustré ces dernières années par son affairisme, selon les révélations du site WikiLeaks, que par son dévouement à son pays.

Et puis, il y a les forces de l’ONU. Dans la rhétorique du camp Gbagbo, elles remplacent désormais les forces françaises dans le rôle du corps étranger porteur de tous les maux de la Côte d’Ivoire. Le patron de la mission dans le pays, Choi Young-Jin, a dénoncé l’accroissement des « actes hostiles » commis ces derniers jours « par le camp du président Gbagbo à l’endroit de la communauté internationale, y compris le corps diplomatique ». Selon lui, le camp Gbagbo a, surtout la nuit, « commencé à envoyer des jeunes gens armés aux domiciles des personnels des Nations unies » pour « demander la date de leur départ ou […] pour y effectuer des fouilles sous prétexte de chercher des armes ». L’avertissement est clair : pour le camp Gbagbo, les forces internationales sont considérées comme « rebelles », car apportant leur « soutien » aux Forces nouvelles (FN). Donc des cibles potentielles.

Le rôle central de l’armée

Il y a peu de chance cependant que les troupes fidèles à Gbagbo prennent la responsabilité d’une confrontation directe avec les forces de l’ONU – 8 650 personnes, dont 7 200 Casques bleus et 1 250 policiers, dont le mandat expirait le 31 décembre. D’où le recours à des hommes en treillis circulant en voiture banalisée (l’attaque contre le siège de l’Onuci, vendredi dernier), à des miliciens et à des mercenaires étrangers. Qui eux, avançant masqués, n’ont pas peur de la Cour pénale internationale qui suit le dossier ivoirien de très près.

L’armée, tiraillée mais  fidèle jusqu’ici à Gbagbo, aura un rôle primordial à jouer. S’exprimant pour la première fois publiquement depuis l’éclatement de la crise, l’ancien président Henri Konan Bédié a demandé son « allégeance » à Ouattara, tout en exhortant Gbagbo à céder la place « en digne fils d’Afrique ». « Aucune ambition politique ne peut s’accommoder de sacrifices inconsidérés de vies humaines », a-t-il lancé. Sera-t-il entendu ?

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA309_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte