Politique

L’ONU parle de 173 morts, la peur règne dans le camp Ouattara

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Supporteurs de Ouattara décédés pendant la marche du 16 décembre.

Supporteurs de Ouattara décédés pendant la marche du 16 décembre. © AFP

L’ONU vient d’avancer le chiffre de 173 morts et de 471 personnes arrêtées par des forces fidèles à Laurent Gbagbo en quelques jours. Malgré les dénégations du camp du président sortant, les soupçons sur l’existence d’une répression systématique des militants du président élu Alassane Ouattara se multiplient.

L’ONU vient confirmer les soupçons qui pèsent sur la violente répression des militants pro-Ouattara de la part des forces fidèles au président auto-proclamé Laurent Gbagbo. Au moins 173 personnes ont été tuées et 471 arrêtées entre le 16 et le 21 décembre en Côte d’Ivoire, a indiqué jeudi la Haut commissaire adjointe aux droits de l’homme de l’ONU, Kyung-Wha Kang, qui s’est dit « alarmée par les violences occasionnées » par l’élection présidentielle du 28 novembre dernier, remportée par Alassane Ouattara avec plus de 54 % des voix.

Les enlèvements et les meurtres commis par des éléments présumés des forces fidèles à Laurent Gbagbo sont dénoncés par l’ONU qui parle de « violations massives » des droits de l`homme et par plusieurs mouvements de défense des droits humains qui affirment que, depuis la marche du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) du jeudi 16 décembre, réprimée dans le sang, des hommes armés parcourent la nuit les quartiers pro-Ouattara, tuant et enlevant des militants de son parti.

Témoignages accablants

Le camp Gbagbo, bien-sûr, rejette ces « allégations » et accuse les partisans de Ouattara de tenter de le diaboliser. « Il ne faut pas exagérer : la journée de jeudi a été un peu mouvementée mais cela résulte du mot d`ordre lancé par l`opposition pour prendre d’assaut la Radio Télévision ivoirienne » (RTI), a déclaré au quotidien français Libération le président du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan. Quant au ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo, Émile Guirieoulou, il déclare simplement : « C`est facile de dire qu`on fait des enlèvements […] de parler d’escadrons de la mort sans en apporter la preuve. »

Il n’en reste pas moins que certains témoignages sont accablants pour le clan Gbagbo, comme celui de Kader Coulibaly, cité par l’agence Reuters, qui affirme que son frère cadet Abdoulaye, un militant de Ouattara, a disparu la semaine dernière après une incursion d`hommes armés dans son quartier. « Il était six ou sept heures du soir, samedi. Il était dans un bar près de chez nous lorsque deux camions de militaires ont fait irruption dans le quartier en tirant, semant la panique », raconte Kader. « Les gens disent qu`il a été emmené avec son ami. J`ai cherché auprès de la police, j`ai demandé aux gendarmes. Rien. J’espère, j’espère… mais pour combien de temps ? »

Les enlèvements sont si fréquents que la population a même commencé à mettre en place des systèmes d’alerte dans certains quartiers. Des femmes tapent sur des casseroles lorsqu’elles voient arriver des hommes armés, les hommes donnent des coups de sifflet. Des jeunes ont même établi la nuit des postes de contrôle pour défendre leur domicile…

Milices libériennes

Dimanche dernier, la Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l`homme Navi Pillay, a affirmé dans un communiqué que les personnes enlevées étaient « conduites par la force vers des lieux illégaux de détention où elles sont détenues secrètement, sans aucune accusation. Certaines ont été retrouvées mortes dans des circonstances troubles ».

Selon des sources proches des services de sécurité de laurent Gbagbo et du camp Ouattara, des mercenaires étrangers, notamment libériens, sont impliqués dans les violences post-électorales. La présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf a également confirmé que, selon elle, « certains individus et anciens chefs militaires [libériens] avaient été contactés officieusement pour intervenir ». Certains diplomates estiment qu`ils pourraient être un millier en Côte d’Ivoire, selon Reuters.

Salif Koné, un chauffeur de 57 ans, explique par exemple qu`il a échappé de peu à une attaque d`hommes masqués dans un quartier nord d’Abidjan. « Ils n’ont pas tué, mais il y a eu de nombreux blessés. Ils ne parlaient pas français. C`était peut-être de l`anglais, je ne sais pas exactement », a-t-il dit à Reuters. Le Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, a demandé quant à lui « que la Cour pénale internationale puisse envoyer une mission en Côte d’Ivoire, établir la responsabilité des uns et des autres, et que tous ceux qui sont impliqués d’une manière ou d’une autre soient transférés à La Haye. » (Avec agences)

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