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Diplomatie

WikiLeaks : Sarkozy, Chirac et la Françafrique de « papa » Bongo

Omar Bongo, avec Nicolas Sarkozy en juillet 2007. © AFP

Un mémo diplomatique américain révélé par WikiLeaks fait état d’un détournement de fonds de quelque 28 millions d'euros de la Banque des États d’Afrique centrale. Des malversations qui auraient été orchestrées par feu le président gabonais Omar Bongo Ondimba, et qui pourraient avoir profité aux présidents français Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, entre autres.

Le documentaire Françafrique récemment diffusé par la télévision française le démontrait déjà : les relations franco-gabonaises ont toujours été plus qu’ « amicales ». Cette fois, c’est au beau milieu des 251 287 câbles diplomatiques récupérés par le site WikiLeaks qu’une nouvelle preuve de ces relations sulfureuses est apparue.

En juin 2009, quelques jours après le décès du président gabonais Omar Bongo Ondimba, l’ambassadrice américaine au Cameroun rédige une note dans laquelle elle fait état de l’information suivante, fournie par un fonctionnaire de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) : quelque 28 millions d’euros auraient été détournés par le défunt chef d’État des coffres de la banque, dont le Gabon nommait le directeur et dont le siège est à Yaoundé, au Cameroun.

Jacques Chirac reçoit Omar Bongo Ondimba à l’Élysée. © AFP

Ce vaste détournement de fonds se serait produit dans un but « d’enrichissement personnel », précise le mémo diplomatique. Mais les allégations de la source américaine vont plus loin encore. Une partie de  l’argent aurait servi à financer des partis politiques français et notamment à soutenir les candidats Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le premier avait déjà démenti ces soupçons de corruption, que les sous-entendus répétés de l’ancien président Valéry Giscard D’Estaing au lendemain de la mort de Bongo avaient déjà portés sur la place publique.

« Le président préféré de la France »

« Bongo était le président africain préféré de la France », ajoute le fonctionnaire de la BEAC dont les propos sont repris dans la note de l’ambassade. Or Bongo régnait en maître sur la banque, dont il nommait le gouverneur, en l’occurence le Gabonais Philibert Andzembé, en vertu d’un accord régional tacite de 1972, le fameux consensus de Fort-Lamy, qui a volé en éclat à la mi-janvier 2010.

C’est une enquête sur les comptes de la BEAC qui a permis de mettre au jour le détournement de fonds. Philibert Andzembé avait placé en secret 500 millions d’euros dans un investissement toxique de la banque française Société Générale, ce qui a conduit la BEAC à des pertes abyssales. Fin 2008, la révélation de ce scandale avait conduit à un audit de la banque. Et c’est à l’occasion de cette expertise que « des malversations encore plus larges et plus audacieuses, liées à la hiérarchie des officiels gabonais » ont été révélées, a encore indiqué la source des Américains.

« L’enquête interne a montré que 36 millions de dollars (environ 28 millions d’euros) ont été détournés via des chèques à des hauts responsables du Gabon »,  précise le fonctionnaire. Les piliers du pouvoir gabonais, « dont le défunt président Omar Bongo et son fils Ali, ministre de la Défense et candidat à la présidence [élu depuis à la tête du pays, NDLR], ont bénéficié du détournement de fonds », indique le document.

« Vérifier la véracité de l’accusation »

Le mémo diplomatique a été publié par le journal espagnol El Pais, partenaire de WikiLeaks avec le New-York Times, le Guardian, Der Spiegel et Le Monde. Mais ce dernier, un quotidien français, n’a pas cru bon de publier le câble diplomatique, qu’il admet avoir repéré au cours de l’expertise des milliers de documents fournis par WikiLeaks, « en raison non pas de son manque de crédibilité mais de son absence de source authentifiée », selon l’explication publiée hier sur le site internet du journal.

« Cette ambassade n’est pas en mesure de vérifier la véracité de l’accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fonds », conclut en effet le câble, signé de l’ambassadrice américaine au Cameroun Janet Garvey.  (Avec AFP)

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