Politique

Mission impossible pour la médiation conjointe UA – Cedeao ?

Mis à jour le 3 janvier 2011 à 09:08

Les présidents béninois Boni Yayi, cap-verdien Pedro Pires et sierra-léonais Ernest Koroma, mènent aujourd’hui à Abidjan une dernière mission de la Cedeao pour tenter de convaincre Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, ce que ce dernier refuse depuis cinq semaines. Ils sont accompagnés dans leurs efforts par le Premier ministre kényan Raila Odinga, envoyé par l’UA.

Médiation de la dernière chance, acte II. Les trois chefs d’État mandatés par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), les présidents Boni Yayi (Bénin), Pedro Pires (Cap-Vert), et Ernest Koroma (Sierra Leone) sont de retour à Abidjan après un premier voyage infructueux le 28 décembre dernier.

Mais de négociation, il n’est pas question. L’objectif affiché reste le même : obtenir pacifiquement le départ du président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo, qui refuse de céder son fauteuil au président élu Alassane Dramane Ouattara. La médiation veut éviter une intervention militaire de la Cedeao, qui a annoncé sa volonté d’effectuer un « nouveau pas » dans le traitement de la crise ivoirienne à partir de mardi en fonction des résultats obtenus ce lundi par ses émissaires. Le recours à la « force légitime » dont la Cedeao a menacé le camp Gbagbo est donc à craindre, même s’il s’avère très compliqué à mettre en œuvre.

Dernière chance pour Gbagbo

Le Premier ministre kényan, Raila Odinga, a rencontré hier soir soir le président nigérian qui est en même temps celui en exercice de la Cedeao, Goodluck Jonathan, auquel il rendra compte ce soir du bilan de la médiation. Odinga, qui a évoqué « une mission de protection de la démocratie et de la voix du peuple en Côte d’Ivoire » accompagne aujourd’hui les trois émissaires de la Cedeao en tant qu’envoyé de l’Union africaine. Il sera vraisemblablement porteur d’une dernière offre de sortie de crise à l’amiable de la part des chefs d’État africains qui reconnaissent dans leur immense majorité Ouattara comme le président légal et légitime de Côte d’Ivoire.

« Nous n’allons pas céder », a néanmoins promis Gbagbo dans ses vœux du Nouvel an, fustigeant « une tentative de coup d’État menée sous la bannière de la communauté internationale ». Gbagbo a par ailleurs accusé les forces de la mission de l’ONU présente dans le pays, l’Onuci, d’avoir tiré sur des civils ivoiriens.

Attaque du Golf Hôtel reportée

Soucieux de ne pas apparaître comme responsable du blocage, le camp Gbabo a repoussé dimanche soir une attaque « à mains nues » de l’hôtel du Golf où s’est réfugié Alassane Ouattara, protégé par quelque 900 Casques bleus. Le leader des jeunes « patriotes » et ministre de la Jeunesse et de l’Emploi, Charles Blé Goudé, continue de souffler le chaud et le froid à Abidjan, alors que le camp Gbagbo continue de recruter des miliciens.

« Nous avons décidé de donner une chance à la négociation qui est en cours », a déclaré M. Blé Goudé à la télévision publique RTI. « Mais nous mettons en garde les occupants du Golf Hôtel que nous ne sommes plus prêts à accepter quelque déclaration que ce soit menaçant d’attaquer les Ivoiriens, auquel cas – je le précise – nous viendrons les chercher, les déloger, les mains nues, de cet hôtel, quelle que soit l’armée qui va les protéger », a-t-il ajouté. Précisant qu’il remobiliserait ses partisans dès mardi, après la médiation Cedeao – UA.

Quelle que soit l’issue – pacifique ou non – de la crise, une chose reste sûre : l’ONU, qui a dénombré au moins 179 morts depuis le 28 novembre, a promis de tout faire pour continuer d’enquêter sur des charniers présumés en Côte d’Ivoire. Jeudi, elle avait notamment accusé les forces fidèles au président ivoirien sortant Laurent Gbagbo d’avoir empêché plusieurs fois une mission de l’ONU d’accéder au village d’Anyama, dans la banlieue d’Abidjan. Le camp Ouattara a quant à lui réclamé l’ouverture d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI). Entre cette menace et les sanctions de la communauté internationale, les proches de Laurent Gbagbo risquent d’avoir beaucoup de mal à sortir de la Côte d’Ivoire dans les années qui viennent. (Avec AFP)