Politique

Gbagbo refuse de lever le blocus du QG de Ouattara, sauf si…

Contrairement à ce que les quatre médiateurs africains avaient affirmé, Laurent Gbagbo ne se serait jamais engagé à lever le blocus de l’hôtel du Golf. La situation est donc plus que jamais bloquée, alors que des affrontements interethniques ont éclaté dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et que la RTI diffuse de fausses informations pour monter la population contre l’Onuci.

Mis à jour le 5 janvier 2011 à 23:25

Un soldat des Forces nouvelles devant l’hôtel du Golf, le 3 janvier 2011 à Abidjan. © AFP

Laurent Gbagbo a-t-il une parole ? Qu’a-t-il dit exactement aux quatre médiateurs africains, lundi dernier, pour que ceux-ci assurent le lendemain à Abuja que le président sortant s’était « engagé à lever immédiatement le blocus autour du Golf Hôtel » ? Une subtilité de langage qui aura échappé aux émissaires de la Cedeao et de l’UA ?  À moins qu’il ne s’agisse d’une manœuvre de la diplomatie conjointe UA – Cedeao pour provoquer une entente entre les deux rivaux : les médiateurs n’avaient-ils pas affirmé – à tort – que Ouattara avait accepté de rencontrer Gbagbo ?

Il aura donc fallu attendre une journée de plus pour avoir la version définitive de la concession – toute relative – formulée par Gbagbo. En réalité, il manquait une moitié – essentielle – de la phrase, comme l’a précisé Alcide Djédjé. « Il suffit que les soldats des FN [Forces nouvelles de Guillaume Soro, Premier ministre de Ouattara] aillent à Bouaké, ce blocus sera levé », a simplement dit le chef de la diplomatie du gouvernement Gbagbo.

Menace pour Gbagbo

Selon Djédjé, Gbagbo « n’a pas dit qu’il levait le blocus, il a dit qu’il était prêt à étudier les conditions de levée du blocus ». « L’armée ivoirienne estime qu’on ne peut pas tolérer qu’il y ait 300 soldats lourdement armés de l’ex-rébellion dans cet hôtel. Cela constitue une menace, y compris même pour le président Gbagbo dont la résidence se trouve à cinq minutes en bateau », a ajouté le ministre.

De retour à Nairobi, l’émissaire de l’UA, le Premier ministre kényan Raila Odinga, a indiqué qu’une  « amnistie » avait été proposée à Gbagbo s’il quittait le pouvoir. Une proposition qui avait été faite dès la médiation de Jean Ping, comme l’avait révélé Jeuneafrique.com. Il ne sera « pas poursuivi ou persécuté », s’il reste en Côte d’Ivoire où s’il choisit l’exil, a précisé Odinga.

Réponse implacable de Djédjé : « Il n’a pas été question d’amnistie. Il faut que cela soit clair. » Le ministre des Affaires étrangères a aussi récusé toute idée d’exil au États-Unis, comme l’avait avancé un diplomate sous le couvert de l’anonymat : « Le président Gbagbo n’a pas besoin d’aller à Washington, il est bien là où il est, il restera là où il est. »


Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo, le 28 décembre 2010, à Abidjan.
© AFP

Affrontements interethniques

Après trois médiations internationales de haut niveau, la situation politique n’a jamais été aussi bloquée, même si Gbagbo s’est engagé à négocier une issue pacifique à la crise – ce que contredit d’ailleurs le recrutement par son camp de mercenaires et de miliciens. Localement, la situation commence même à dégénérer. Les affrontements interethniques entre Dioulas et Guérés ont fait au moins sept morts dans l’ouest du pays, selon l’ONU, mais une trentaine selon des sources de Jeuneafrique.com. Par ailleurs, quelque 22 000 Ivoiriens ont fui au Liberia, en majorité des femmes et des enfants, selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

La situation est si tendue que l’ONU va demander un renforcement de la protection de l’hôtel du Golf, assurée jusque-là par des soldats FN et quelque 800 Casques bleus. « On va demander un renfort dans les prochains jours pour mieux exercer le mandat qui nous est confié aujourd’hui. Entre 1 000 et 2 000 [Casques bleus] je pense », a précisé le chef des opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy. L’ensemble du contingent de l’Onuci pourrait atteindre10 500 ou 11 500 contre 9 500 aujourd’hui, dont 500 éléments venus du Liberia et que l’ONU doit maintenir ou non sur place après le 17 janvier.

Le principal argument de Alain Le Roy réside dans l’attitude du camp Gbagbo, qui fait tout pour monter la population contre l’Onuci. « Il y a maintenant une population qui est de plus en plus hostile parce qu’il y a des affirmations mensongères en permanence. RTI [la Radio télévision publique ivoirienne] par exemple dit que l’Onuci a tiré sur la foule, alors que c’est complètement faux », a-t-il indiqué. « On a de plus en plus de risques en menant notre mandat. Du fait des manipulations du camp Gbagbo, une partie de la population se retourne contre nos patrouilles », a-t-il dit. Avant d’expliquer une nouvelle fois que la Garde républicaine ivoirienne interdisait à l’Onuci l’accès aux sites où se trouveraient des charniers dans la banlieue d’Abidjan. (Avec AFP)