Société

Sidi Bouzid : un enterrement et des tensions

Manifestation à Sidi Bouzid (Tunisie), le 26 décembre. © AFP

L’inhumation de Mohamed Bouazizi, mort de ses blessures après s’être immolé pour protester contre le chômage, a été marquée par de vives tensions. Tandis qu’ailleurs en Tunisie, les gestes désespérés continuaient.

Près de 5 000 personnes se sont rassemblées mercredi 5 janvier pour accompagner le cortège funéraire de Mohamed Bouazizi, 26 ans. Le jeune homme, un vendeur de fruits et légumes originaire de la région de Sidi Bouzid, s’était immolé par le feu le 17 décembre, après que la police lui eut confisqué sa marchandise. Il a succombé à ses blessures mardi, dans un hôpital de Tunis.

La foule a marché derrière son cercueil en criant vengeance jusqu’au cimetière de Garaat Bennour, à quelques kilomètres de Sidi Bouzid. « Adieu Mohamed nous te vengerons ! », « Ton sang n’aura pas coulé pour rien », « Nous te pleurons ce jour, nous ferons pleurer ceux qui ont causé ta perte », ont scandé les habitants, a précisé un témoin présent dans le cortège.

Deuil collectif

La population a aussi rappelé les motifs du geste désespéré de Mohamed Bouazizi, également à l’origine du soulèvement populaire survenu à Sidi Bouzid ces dernières semaines. La cherté de la vie a « conduit Mohamed au suicide », « Honte au gouvernement ! », a scandé la foule, selon un responsable syndical sur place.

« Mohamed a sacrifié sa vie pour attirer l’attention sur sa condition et celle de ses frères », a déclaré l’oncle de la victime Mehdi Horchani. Décrivant « une douleur immense et un sentiment d’injustice ressentis par tous » à Sidi Bouzid en ce jour de « deuil ».

Le mouvement de protestation à Sidi Bouzid a dégénéré, faisant à ce jour quatre morts : deux suicides, celui de Mohamed Bouazizi et celui d’un autre jeune qui se serait volontairement électrocuté – une thèse démentie par les autorités qui ont ouvert une enquête –, ainsi que la mort de deux manifestants, tués par balles lors des affrontements avec les forces de l’ordre à Menzel Bouzayane.

Symbole

« Mohamed est devenu le symbole du refus du chômage et du mépris, et son décès risque d’exaspérer la tension déjà vive à Sidi Bouzid et dans les régions alentours », a déclaré un diplomate sous couvert d’anonymat. Bien qu’il ne soit pas diplômé de l’université, « son acte est symptomatique du malaise des jeunes diplômés acculés à gagner leur vie dans le commerce informel », a-t-il analysé.

Mercredi encore, selon des témoins de la scène, les autorités ont dû intervenir pour prévenir le suicide collectif d’une femme et ses trois enfants à Sidi Bouzid. Ils avaient escaladé un pylône électrique et menaçaient de se jeter sur les fils électriques, en réclamant un emploi et un logement. Les forces de l’ordre ont coupé l’électricité.

Et au moment où Mohamed Bouazizi était inhumé, un lycéen, Ayoub Hamdi, 19 ans, s’est à son tour immolé par le feu, en banlieue de Tunis. Le motif de son geste serait lié à des mauvais résultats scolaires ou à la peur d’être renvoyé de son lycée pour y avoir endommagé une porte, selon ses camarades et professeurs. Il a été admis à l’hôpital des Grands brûlés de Ben Arous près de Tunis.

Mercredi soir, un syndicaliste de Tala, une localité du centre-ouest, a fait état de nombreuses arrestations parmi des jeunes qui étaient pourchassés par la police. (avec AFP)

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