Politique

La société civile réclame un nouveau scrutin en cas « d’échec des négociations »

Mis à jour le 8 janvier 2011 à 21:18

La Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) a appelé à « la reprise de l’élection présidentielle » si les négociations entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara échouaient. Elle réclame également la fin immédiate de la confiscation « des médias publics à des fins de propagande » et de la « diffusion de messages de haine et de violence ».

À l’issue d’une réunion les 5 et 6 janvier, la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) a fait une proposition pour sortir de la crise politique qui a fait peu de bruit.

Pour elle, en vertu de l’article 64 du code électoral ivoirien, l’élection présidentielle n’est pas terminée. Un nouveau scrutin doit être organisé si les négociations entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara échouent – ce qui semble être déjà le cas depuis que le second a déclaré qu’il ne voulait pas discuter des résultats du scrutin.

L’article 64 stipule en effet que, en cas « d’irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble », le Conseil constitutionnel doit, non pas déclarer le vainqueur du scrutin, comme il l’a fait en promulguant la victoire de Laurent Gbagbo, mais prononcer « l’annulation de l’élection présidentielle » dans son ensemble. Un autre scrutin doit alors être organisé dans un délai de 45 jours.

Ainsi, la CSCI « conseille la reprise de l’élection présidentielle conformément à l’article 64 du code électoral, en ayant réuni les conditions d’une meilleure sécurisation et d’une totale transparence des élections », écrit l’organisation dans son « communiqué final ».

L’intervention armée rejetée

Le CSCI plaide par ailleurs pour « le non recours à toute intervention armée pour le règlement de la crise ».

LA CSCI cherche aussi un moyen d’apaiser le climat social postélectoral. Dans cette perspective, elle juge « inopportune »  la confiscation « des médias publics à des fins de propagande au profit d’un seul camp », car, rappelle-t-elle, le pays n’est « pas en guerre » et le gouvernement ne peut pas, par conséquent, en appeler à la « raison d’État ».

"Propagande politique et messages de haine"

Il faut « arrêter la propagande politique et la diffusion de messages de haine et de violence dans les médias publics », affirme-t-elle, en appelant à « assurer un traitement équilibré et impartial de l’information ».

Dans le viseur de la CSCI, la Radio télédiffusion ivoirienne (RTI), un enjeu de pouvoir majeur puisqu’elle touche 80 % des Ivoiriens et qu’elle est exclusivement contrôlée par le camp du président sortant Laurent Gbagbo. La CSCI réclame aussi « la réouverture de tous les médias internationaux fermés », essentiellement TV5 Monde et France 24.

Néanmoins, comme pour témoigner de son impartialité, la CSCI demande également la fermeture des « médias (écrits et audio-visuels) qui échappent au contrôle du CNCA [Conseil national de la communication audiovisuelle] ». Une référence assez nette à la télévision contrôlée par l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) et diffusée dans le Nord du pays.

Sur le plan politique, la CSCI semble très inquiète des violences intercommunautaires à l’Ouest et demande « d’éviter le recours aux considérations ethniques, régionales ou religieuses », ainsi qu’à « l’usage d’armes et de la violence comme moyens d’expression et d’action ». « La CSCI demande aux deux protagonistes [MM. Gbagbo et Ouattara] d’adresser des messages d’apaisement à leurs militants, à diffuser dans les médias publics. »

Concernant les forces armées, l’organisation renvoie les deux camps dos-à-dos, en déplorant « les attitudes partisanes et bellicistes des FDS [Forces de défense et de sécurité, fidèles à Laurent Gbagbo, NDLR] et FAFN [Forces armées des forces nouvelles, favorables à Alassane Ouattara, NDLR] ». Elle réclame par ailleurs « la libération immédiate et sans condition du quartier général du RHDP » et « la levée immédiate du blocus de l’hôtel du Golf imposée par les FDS ».

Enfin, la CSCI dénonce « des blocages récurrents des convois de ravitaillement du marché national en vivres et en bétail » dans les « zones CNO » (contrôlées par les forces favorables à Alassane Ouattara).