Politique

L’UE hausse le ton, le gouvernement ferme les lycées et les universités

Un manifestant tunisien blessé dans des violences est évacué, le 9 janvier à Regueb.

Un manifestant tunisien blessé dans des violences est évacué, le 9 janvier à Regueb. © AFP

Alors que la pression diplomatique s'accroît sur le gouvernement tunisien, celui-ci s'inquiète visiblement de la contagion du mouvement de révolte sans précédent que connaît le pays. Quatorze personnes ont été tuées ce week-end d'après le gouvernement, contre "au moins 35" d'après la FIDH. Le gouvernement a ordonné la fermeture des lycées et des universités du pays "jusqu'à nouvel ordre".

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Pour essayer de briser le mouvement de protestation d’une partie de la jeunesse tunisienne, le gouvernement a décidé de fermer tous les établissements scolaires du pays. « À la suite des troubles survenus dans certains établissements, il a été décidé de suspendre les cours jusqu’à nouvel ordre à partir de mardi », ont annoncé conjointement les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

« En attendant l’aboutissement des enquêtes ouvertes pour déterminer les responsabilités des actes de vandalisme commis, les examens actuellement en cours dans les universités seront suspendus et reportés à une date ultérieure », a-t-il également été décidé.

Cette annonce intervient dans un contexte doublement inquiétant pour les autorités. D’abord, la mobilisation des jeunes ne faiblit pas. Une manifestation de lycéens et d’étudiants a même été dispersée par des unités anti-émeutes dans le centre de Tunis. Encore une fois, la mobilisation avait été abondamment relayée par les réseaux sociaux Twitter et Facebook, où le drapeau national entaché de sang remplaçait la photo des militants sur leur compte.

Bilan contesté

Selon des sources syndicales et des témoins, un étudiant a été blessé et huit ont été interpellés lors de la répression de mobilisations sur le campus de Tunis, où les cours étaient arrêtés ou perturbés depuis leur reprise le 3 janvier. Pis, à Kairouan (centre), lundi, des manifestations parties de l’université de Rakkada (10 km) ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre dans le centre-ville, tandis que d’autres étaient signalées dans des localités de cette région en proie au chômage, ont indiqué des témoins. Enfin, les villes de Kasserine et Thala étaient toujours confrontées à des violences lundi, comme Regueb.

D’après le gouvernement les émeutes qui les ont secouées ce week-end  ont fait 14 morts. L’opposition parle quant à elle de 20 victimes, et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a fait état mardi matin d’un bilan de 35 morts confirmés sur une « liste nominative » depuis le début du mouvement (quatre morts, dont deux suicides étaient déjà recensés avant les émeutes de ce week-end). « Mais le nombre total des victimes est plus important, a ajouté sa présidente, la Tunisienne Souhayr Belhassen. Ça tourne autour de la cinquantaine mais c’est une évaluation. »

Deuxième problème pour les autorités tunisiennes, plus la répression du mouvement de révolte est forte, plus la pression diplomatique s’accroît. Dès la semaine dernière, Washington avait exprimé sa préoccupation devant les troubles sociaux en Tunisie et convoqué l’ambassadeur tunisien, Mohamed Salah Tekaya, pour lui demander le respect des « libertés individuelles », notamment en matière d’accès à internet. Un responsable américain s’était notamment inquiété de « ce qui ressemble à une ingérence du gouvernement tunisien dans l’internet, particulièrement dans les comptes Facebook » – dont ceux de nombreux Tunisiens sont piratés.

Le "statut avancé" avec l’UE dans la balance

Lundi, après les États-Unis, l’Union européenne (UE) a finalement haussé le ton à l’égard de Tunis, allant jusqu’à conditionner les négociations sur des relations renforcées avec ce pays à un meilleur respect des droits de l’homme.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé par la voix de sa porte-parole, Maja Kocijancik, à la « libération immédiate » des manifestants emprisonnés. « Nous appelons à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales. Nous appelons en particulier à la libération immédiate des blogueurs, journalistes, avocats et autres personnes détenues, qui manifestaient pacifiquement en Tunisie », a-t-elle déclaré.

La perspective du renforcement des relations bilatérales européo-tunisiennes « requiert des engagements accrus sur tous les sujets, en particulier dans le domaine des droits de l’homme et des libertés fondamentales », a-t-elle également affirmé. Or Tunis, déjà liée à l’UE par un accord d’association datant de 1995, demande depuis novembre 2008 à l’Europe un « statut avancé » dans sa relation avec elle, tel qu’en bénéficie déjà le Maroc. Et le coup d’envoi des négociations sur ce sujet a été donné en mai.

Courageusement, la France est aussi sortie de son silence embarrassé en même temps que l’UE, lundi, en déplorant les violences. Un porte-parole du Quai d’Orsay a appelé « à l’apaisement ». (Avec AFP)

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