Économie

Le camp Ouattara prépare les esprits à une intervention militaire

Youssoufou Bamba, le nouvel ambassadeur de Côte d'Ivoire à l'ONU. © D.R.

Alors que plus personne ne croit vraiment à la moindre avancée des médiations entreprises pour convaincre Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, l'ambassadeur ivoirien à l'ONU nommé par Alassane Ouattara s'explique sur les conditions d'une éventuelle opération militaire de la Cedeao contre le président sortant. Une manière de préparer les esprits... Et de mettre la pression.

Raila Odinga le sait : sa médiation a très peu de chance d’aboutir à l’occasion de son énième déplacement à Abidjan, jeudi ou vendredi. Le Premier ministre kényan, envoyé de l’Union africaine (UA), se heurtera vraisemblablement au refus du président sortant, Laurent Gbagbo, de céder le pouvoir au président élu, Alassane Dramane Ouattara. Comme avant lui Jean Ping, Pedro Pires, Ernest Koroma, Boni Yayi et , plus récemment, Olusegun Obasanjo.

L’option militaire, dont la Cedeao, mais aussi Odinga, ont menacé le camp Gbagbo, commence à se profiler comme une fatalité pour de nombreux observateurs. Avec un doute : l’intervention se limitera-t-elle à un simple blocus des ports, ou inclura-t-elle une opération commando sur le palais présidentiel pour « faire sauter » l’hypothèque Gbagbo de manière « chirurgicale » – au risque de déclencher une guerre civile ?

"Opération ciblée"

Pour prévenir cette question, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’ONU, Youssoufou Bamba, s’est dit partisan d’une opération militaire, tout en écartant le risque que le conflit ne dégénère. « Non, il n’y aura pas de guerre civile, parce qu’il s’agit de l’entêtement d’une personne qui refuse de reconnaître le verdict des urnes. Le peuple ivoirien a souverainement choisi son nouveau président en la personne d’Alassane Ouattara et le président sortant doit simplement reconnaître sa défaite et se retirer. »

« Il ne s’agit pas de venir combattre l’armée ivoirienne. Il s’agit de faire une opération ciblée par les forces spéciales », explique l’ambassadeur. Selon des sources diplomatiques, quelque neuf pays sur les quatorze que compte la Cedeao sans la Côte d’Ivoire seraient prêts à envoyer des troupes. Les grandes lignes d’une éventuelle intervention sont tracées. « C’est à l’étude, a confirmé Bamba. Il y a plusieurs mesures prévues par la Charte des Nations unies, y compris l’usage de la force. Je crois que nous sommes dans cette dynamique là. C’est prévu par les textes. L’usage de la force constitue un ultime recours quand les autres mesures ont été inopérantes. »

Le temps contre Gbagbo ?

Pour Bamba, cette situation s’explique, non par des pressions internationales, mais par le combat pour la démocratie. « Parce qu’aujourd’hui c’est la Côte d`Ivoire, demain ça peut être un autre pays. C’est une question de solidarité. » Bamba estime que le temps joue contre Gbagbo. Ce dernier espère-t-il que la communauté internationale va s’accommoder de lui ? « Ça fait partie des manœuvres du président sortant. Je crois qu’il fait un très mauvais calcul. L’engagement des Nations unies est ferme. Les moyens qui doivent être pris seront pris », répond l’ambassadeur.

Il est clair, selon Bamba, que Gbagbo va partir. « Tous ses agissements témoignent de cela. C’est une lutte désespérée de quelqu’un qui est aux abois. Il est vraiment désespéré. » D’autant qu’il ne serait plus, toujours selon l’ambassadeur, en capacité de payer son armée. « Je ne pense pas qu’il en a les moyens financiers, dit Bamba. L`économie tourne au ralenti, les rentrées financières ne sont plus ce qu’elles étaient. Le niveau de ressources financières a drastiquement baissé. Je peux dire que les sanctions et l’isolement dont il fait l’objet ont pour conséquence l’amenuisement des ressources financières. » Ouattara, ou la stratégie du fruit mûr ?

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