Politique

Le jeudi 13 janvier, journée historique

Manifestation à Sidi Bouzid, le 12 janvier 2011. © AFP

Malgré le couvre-feu, des émeutiers ont poursuivi leurs actions dans la banlieue de Tunis, dans la nuit de mercredi à jeudi. Au moins deux personnes auraient été tuées selon des témoins. Récit des événements en direct sur jeuneafrique.com.

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23 h 30 : « Bye, bye Ammar 404 ». La censure d’internet est levée en Tunisie. Les sites qui étaient bloqués, notamment Dailymotion et Youtube, sont de nouveau accessibles, peu après la promesse du président Zine el-Abidine Ben Ali de garantir « la liberté totale » de l’information et de l’accès à l’internet.

Des utilisateurs ont très vite célébré la disparition du censeur du ministère de l’Intérieur, surnommé « Ammar 404 ». « Ammar 404 est au chômage », « bye, bye Ammar 404 », écrivaient les internautes sur Facebook, tandis que d’autres commencaient à dérouler un livre strictement interdit jusque-là, « La régente de Carthage », écrit par les journalistes français Nicolas Beau et Catherine Graciet. L’ouvrage dénonce le rôle supposé de Leïla Trabelsi, l’épouse du président Ben Ali, et sa famille pour contrôler des secteurs clefs de l’économie tunisienne…

Autre fait notable jeudi, le chef de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), Mokhtar Trifi, a été reçu pour la première fois à une émission politique de la télévision publique Tunis 7. Un opposant, l’islamiste modéré, Salaheddine Jourchi, ex-vice-président de la LTDH, faisait également parti des invités.

20 h 15 : Ben Ali ne se représente pas en 2014. Dans un discours historique à la nation, prononcé sur un ton humble, le président Ben Ali annonce qu’il ne se représentera pas en 2014. « Je vous ai compris », a-t-il déclaré aux Tunisiens en arabe dialectal. De grandes réformes sont également promises : liberté totale de la presse, reconnaissance de tous les partis d’opposition, du droit de manifester pacifiquement, la fin de la censure sur internet, la baisse des prix des denrées de première nécessité (pain, lait, sucre)… etc. Un vent de démocratisation souffle sur la Tunisie. Après 23 ans de régime, la chape de plomb tombe, enfin. (De notre correspondant en Tunisie, F.D.)

19 h 15 : Les pillages : contestation ou manipulation ? Les actes de vandalisme se sont généralisés un peu partout dans les villes tunisiennes. Certains y voient une manipulation du pouvoir et avancent que les pillards seraient payés pour commettre leurs exactions. Les magasins ferment, les seuls attroupements autorisés sont devant les boulangeries, les supermarchés sont pris d’assaut tandis que sur les terrasses certains prennent le temps de siroter un café. Le cœur d’Hammamet a subi d’importants dégâts et la villa de Sakhr el-Matri, gendre du président Zine el-Abidine Ben Ali, a été saccagée. Les magasins de Bizerte et le centre de Menzel Bourguiba ont été pillés en moins d’une nuit. Hooligans ou contestataires ? Beaucoup attendent la journée de grève générale demain pour y voir plus clair. (De notre correspondant en Tunisie, F.D.)

19h04 : Tunis sous l’emprise de la rumeur. Les faits relayés et confirmés par les médias sont peu nombreux si bien que la rumeur s’est substituée à l’information. Vers 14 heures, on a ainsi prétendu que le siège du parti au pouvoir était en flammes, on a aussi signalé la fuite de plusieurs dirigeants… Rien de tout cela n’est vrai. Les réseaux sociaux, qui se sont mobilisés pour couvrir les événements de manière citoyenne, sont eux aussi envahis par des montages vidéo douteux et des informations infondées. Cet état de chose laisse abasourdis les Tunisiens qui ne savent plus que penser. Beaucoup parlent de manipulation et se demandent qui est derrière tout ça, alors que des hélicoptères tournoient au-dessus de Tunis à très basse altitude et que des tirs sporadiques se font entendre ici ou là. (De notre correspondant en Tunisie, F.D.)
 

18 h 32 : Scènes de pillage à Hammamet. Prisée par les touristes européens, la station balnéaire de Hammamet (60 km au sud de Tunis) était livrée aux pilleurs jeudi en fin d’après-midi. Un poste de police, une permanence du parti au pouvoir du président Zine el-Abidine Ben Ali ont été détruits ainsi que des résidences cossues, dont l’une appartiendrait, selon des habitants, à un proche du chef de l’État.

Dans la rue, les passants ont érigé de nombreux barrages alors que d’autres pillaient des magasins emportant tout ce qui leur tombait sous la main. Les pillages ont commencé après une marche pacifique dans cette ville très touristique, qui compte des dizaines d’hôtels, et après les funérailles d’un réceptionniste de l’un de ces établissements, Zouheir Souissi, qui a été tué mercredi par les tirs de la police. (AFP)

18 h 25 : L’annonce de la démission de Morjane démentie. La démission du ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane serait en fait une fausse information due au piratage de son blog, qui l’avait annoncée. (De notre correspondant en Tunisie, F.D.)

18 h 03 : Discours de Zine el-Abidine Ben Ali. Le président « s’adressera, ce soir, au peuple tunisien », a annoncé l’agence de presse officielle TAP. Ce sera le troisième discours de Zine el-Abidine Ben Ali depuis le début de cette crise sociale. Dans sa précédente intervention, lundi, il avait promis la création de 300 000 emplois sur deux ans sans toutefois calmer la rue. (AFP)

17 h 35 : Les deux principaux conseillers de Ben Ali limogés. Selon Al Jazira, le président Zine el-Abidine Ben Ali a limogé ses deux plus proches conseillers, Abdelwahed Ben Abdallah et Abdelaziz Ben Dhia, confirmant une rumeur qui circulait à Tunis depuis 11 heures du matin.

17 h 30 : Le ministre des Affaires étrangères aurait démissionné. Le chef de la diplomatie tunisienne, Kamel Morjane, a démissionné. C’est du moins ce qu’indique son blog, mais l’information n’est pas officielle. Selon les documents de la diplomatie américaine dévoilés par WikiLeaks, celui-ci était considéré, parmi le cercle des dirigeants, comme une alternative crédible au président Ben Ali. (De notre correspondant en Tunisie, F.D.)

16 h 26 : Un mort à Tunis. Un manifestant a été tué jeudi après-midi à Tunis par les tirs de la police d’après des témoins. Les faits se sont produits dans le quartier Lafayette à proximité de l’avenue Bourguiba. (AFP)

15 h 48 : François Fillon et la « violence disproportionnée ». Pour la première fois, le chef du gouvernement français s’est inquiété de la situation intérieure tunisienne, même s’il l’a fait de manière très prudente. « Nous sommes extrêmement préoccupés par cette situation, par la violence qui s’est développée depuis quelques jours », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse à Londres. « Nous appelons instamment l’ensemble des parties à faire preuve de retenue, à choisir la voie du dialogue. On ne peut continuer dans cette utilisation disproportionnée de la violence », a-t-il ajouté. Il a assuré que Paris agissait pour convaincre les autorités tunisiennes de « s’engager » dans la voie de l’apaisement.

13 h 23 : Enterrement de l’enseignant franco-tunisien tué à Douz. L’enseignant franco-tunisien qui fait partie des deux personnes tuées par balles à Douz mercredi s’appelle Hatem Bettahar. Il était professeur d’informatique à l’Université de Technologie de Compiègne (nord de la France). « Nous sommes consternés », a déclaré sa belle-sœur, Elhem Ghorbel. « Il va être enterré en Tunisie, probablement aujourd’hui », a-t-elle ajouté.

Un cousin de Hatem Bettahar, vivant en France, a assuré avoir vu des photos qui lui ont été envoyées de Douz, sur lesquelles il est clairement visible que l’enseignant a été atteint d’une balle en pleine tête.

Selon un témoin, ancien syndicaliste, des manifestants s’étaient rassemblés mercredi matin devant le siège de la sous-préfecture de Douz quand la police a utilisé du gaz lacrymogène « avant de tirer à balles réelles », faisant deux morts et quatre ou cinq blessés. (AFP)

12 h 57 : Le bilan des émeutes s’alourdit. La présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Souhayr Belhassen affirme détenir une liste nominative de 66 personnes tuées depuis le début des troubles en Tunisie, mi-décembre, dont 8 la nuit dernière rien que pour l’agglomération de Tunis. Elle dénonce « un massacre qui continue ». (AFP)

11 h 45 : Une Helvético-Tunisienne tuée par balle. D’après la Radio suisse romande (RSR), une femme ayant la double nationalité suisse et tunisienne a été tuée mercredi vers 18 heures, à Dar Chaabane, dans le Nord du pays. Son frère, joint par la radio, affirme qu’elle a été touchée au cou par une balle tirée par un policier, alors qu’elle observait une manifestation devant chez elle. La mort de cette femme a été confirmée par le ministère helvétique des Affaires étrangères.

 

La carte des troubles

 


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11 h 30 : Mejdi Nasri mort à Ettadhamen. D’après plusieurs témoins, un jeune homme de 25 ans, Mejdi Nasri, a été tué par balle dans les affrontements de la nuit dernière à Ettadhamen, dans la banlieue de Tunis. (Reuters)

L’armée tunisienne s’est retirée du centre-ville de Tunis où elle avait été déployée la veille. Elle est remplacée par des unités spéciales de la police. La nuit a été plutôt calme dans le centre qui retrouvait un semblant d’animation dans la matinée. (AFP)

11 heures : Nuit agitée dans la banlieue tunisoise. Des affrontements dans les cités d’Ettadhamen et Intilaka, dans la banlieue de Tunis, ont été rapportés par plusieurs témoins. « Toute la nuit, on a entendu des tirs, des cris et des bruits de casse », a déclaré une infirmière. Plusieurs bâtiments municipaux ont été partiellement endommagés et deux voitures ont été incendiées devant les locaux de la sous-préfecture. Dans la matinée, des colonnes de fumée s’échappaient encore de deux bâtiments et les pompiers étaient à l’œuvre pour éteindre l’incendie.

Des habitants ont été « ahuris » par l’ampleur des dégâts dans cette banlieue de Tunis où des panneaux ont été arrachés, des Abribus détruits, un bus incendié et où des pneus encore fumants traînaient sur la chaussée.

Aucun bilan des violences n’était disponible. (AFP)

10 heures : Violation du couvre-feu. Il y a eu beaucoup d’agitation dans le grand Tunis dans la nuit de mercredi à jeudi. Dans plusieurs quartiers de la banlieue (Hammam Lif, Le Kram…) des jeunes sont sortis malgré le couvre-feu décrété par les autorités.

Certains agitaient des drapeaux tunisiens et des actes de vandalisme ont été commis. Les dégâts sont « considérables » d’après des témoins. Ces derniers affirment également avoir entendu de nombreux tirs des forces de l’ordre. (De notre correspondant en Tunisie F.D.)   

8 h 30 : Luc Châtel s’exprime. Le ministre français de l’Éducation Luc Châtel a confirmé la mort d’un enseignant franco-tunisien de l’université de Compiègne (Nord de la France) dans une interview à la chaîne française i-Télé. « Je veux exprimer toute mon émotion par rapport au décès du professeur qui a été tué hier. Nous avons appris ça hier soir. Je veux dire tout le soutien que j’apporte à sa famille », a-t-il déclaré.

D’après le quotidien Le Parisien, il s’agit d’Hatem Bettahar du maître de conférences en génie informatique de 38 ans, marié et père d’un enfant, en vacances à Douz (sud de la Tunisie). Il aurait été tué par balles par les forces de l’ordre dans des circonstances indéterminées.

D’après un témoin cité par l’AFP, un autre civil aurait été tué dans cette ville qui connaissait des violences pour la première fois depuis le début de la crise tunisienne.

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