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Le gouvernement contesté, les avoirs de Ben Ali en Suisse gelés

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Les manifestations contre les ministres proches de l’ancien régime continuent en Tunisie.

Les manifestations contre les ministres proches de l'ancien régime continuent en Tunisie. © AFP

Alors que les décisions du premier Conseil des ministres sont attendues avec impatience par les Tunisiens, le gouvernement est encore en butte à de fortes protestations dans le pays. Quant à la famille Ben Ali, elle a vu ses avoirs gelés par la Suisse et se trouve totalement isolée sur le plan international.

Les protestations continuent en Tunisie contre les caciques de l’ancien régime de Zine el-Abidine Ben Ali, reconduits dans le gouvernement de transition, dont le Premier ministre Mohamed Ghannouchi. Lundi, des rassemblements ont encore réuni des milliers de manifestants réclamant la dissolution du parti de l’ancien président, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), qui ressemble néanmoins de plus en plus à une coquille vide à cause de nombreuses défections – dont celles du Premier ministre Ghannouchi et du président tunisien par intérim Foued Mebazaa.

Dans le centre-ville de Tunis, des unités anti-émeutes de la police ont encadré une manifestation de quelque 2 000 personnes, sans la disperser comme la veille. « Nous avons pour ordre de ne pas charger la foule ni de tirer des bombes lacrymogènes », a indiqué Najmeddine Zegoulli un colonel de la police. « Nous voulons un nouveau Parlement, une nouvelle Constitution et une nouvelle République », scandaient les manifestants, ou encore : « Peuple ! révolte-toi contre les partisans de Ben Ali ! »… tandis qu’une banderole proclamait « RCD out ».

Premier Conseil des ministres

Des manifestations identiques ont rassemblé des milliers de personnes notamment à Sidi Bouzid, Regueb, Kasserine, et Thala, des villes au cœur de la révolution du jasmin qui a fait officiellement 78 morts et 94 blessés.

Ces protestations interviennent alors que le gouvernement doit tenir jeudi matin son premier Conseil des ministres. « Je m’engage à ce que le gouvernement de transition conduise une rupture totale avec le passé », a déclaré mercredi soir Fouad Mebazaa à la télévision d’État, lors de sa première intervention publique depuis qu’il assure l’intérim de la présidence. Il s’est engagé à « satisfaire toutes les aspirations légitimes du soulèvement pour que se réalise cette révolution de la liberté et de la dignité ». Et a notamment promis une prochaine « amnistie générale », la « liberté totale d’information, « l’indépendance de la justice » et « la séparation entre l’État et le parti ».

Quant au nouveau ministre du Développement rural, Ahmed Nejid Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP), il s’est engagé mercredi à démissionner si des « élections libres et justes » n’étaient pas organisées dans les prochains mois. Dans une interview à la BBC, il s’est en outre prononcé en faveur de l’introduction d’un islam modéré dans la vie politique tunisienne.Mais cette mesure n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour… Le plus urgent est, bien-sûr, la préparation des élections législatives et présidentielle qui devraient avoir lieu dans les six mois.

Enquête judiciaire contre Ben Ali

Parallèlement à cette agitation, l’étau se resserre aussi autour du président déchu, qui a été exclu du RCD moribond. Le ministre saoudien des Affaires étrangères Saoud Al-Fayçal a souligné que Ben Ali avait été accueilli dans le royaume par respect des traditions arabes d’hospitalité, mais qu’il ne pourrait y exercer aucune activité contre son pays. Par ailleurs, la présidente de la Confédération helvétique Micheline Calmy-Rey a annoncé que « la Suisse a décidé de bloquer avec effet immédiat d’éventuels fonds en Suisse de l’ex-président tunisien Ben Ali et son entourage ». Et l’agence officielle tunisienne TAP a révélé qu’une enquête judiciaire a été ouverte contre Ben Ali et sa famille pour des transactions financières « illégales ».

Enfin, malgré l’agitation entretenue par l’opposition tunisienne, la Tunisie commence à retrouver un semblant de normalité. Le gouvernement a décidé d’alléger le couvre-feu de deux heures, en raison d’une « amélioration de la sécurité », tandis que Tunis renouait avec les embouteillages, de nombreux habitants ayant repris le chemin du travail. L’état d’urgence est en revanche maintenu avec, notamment, l’interdiction de rassemblement sur la voie publique de plus de trois personnes et l’autorisation aux forces de l’ordre de tirer sur les personnes prenant la fuite aux contrôles. (Avec AFP)

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