Politique

Côte d’Ivoire : le camp Gbagbo veut fouiller les véhicules de l’Onuci

Mis à jour le 22 janvier 2011 à 11:54

Alors que le camp Gbagbo redoute une défaite diplomatique en perdant le contrôle de la direction de la BCEAO, il verse dans la surenchère sécuritaire en déclarant vouloir soumettre à la fouille les véhicules de l’Onuci. Une manière d’attiser la haine contre la communauté internationale et les Casques bleus.

Provocation, ou aveu de faiblesse ? Ou les deux ? Vendredi 21 janvier, le gouvernement de Laurent Gbagbo a dit vouloir fouiller les véhicules de l’Onuci, accusant une nouvelle fois les Casques bleus d’être à la solde des ex-rebelles des Forces nouvelles (FN) de Guillaume Soro, Premier ministre du président élu Alassane Ouattara.

« Nous fouillons systématiquement tous les véhicules estampillés ONU. Nous considérons l’Onuci comme associée aux forces rebelles », a affirmé Ahoua Don Mello, le porte-parole du gouvernement Gbagbo. « Nous avons souhaité le départ de l’Onuci. Ils ne sont pas partis et ont continué cette collaboration (avec les FN). Ils se comportent comme une force d’occupation », a-t-il ajouté, en précisant que l’ordre avait été donné jeudi soir aux Forces de défense et de sécurité (FDS, fidèles au camp Gbagbo) de fouiller les véhicules de l’ONU afin de vérifier que ceux-ci ne sont pas utilisés comme des « caches d’armes ».

« Il est impensable pour nous de donner de l’armement, à aucune des parties. Nous ne l’avons pas fait dans le passé, nous ne le faisons pas aujourd’hui, nous ne le ferons pas demain. Nous ne sommes pas en position de confrontation », a déclaré le porte-parole de l’Onuci, Hamadoun Touré. « Je n’ai pas eu de détail sur la fouille ou non (des véhicules). J’espère qu’ils n’en viendront pas jusque-là » , a-t-il ajouté.

Légitimer les agressions envers les Casques bleus

À New York, le porte-parole de l’ONU, Martin Nesirky, a souligné que la mesure du gouvernement Gbagbo était « une violation grave de l’accord sur le statut des forces de maintien de la paix » et des résolutions du Conseil de sécurité sur leur mandat. « C’est donc inacceptable », a-t-il réagi. On connaît déjà la réponse du camp Gbagbo, en substance : pourquoi n’acceptez-vous pas les fouilles si vous n’avez rien à vous reprocher ?…

Une stratégie qui vise bien-sûr à jeter de plus en plus la suspicion sur l’Onuci, pour légitimer ou multiplier les actes d’agression contre les patrouilles de Casques bleus par des partisans ou des forces du président sortant… Un climat de « haine » soigneusement entretenu depuis le début de la crise par la Radio télédiffusion ivoirienne (RTI), aux ordres de Gbagbo.

Défaite diplomatique

« Les Nations unies condamnent l’usage qui perdure de la RTI pour disséminer de fausses informations sur l’ONU et sa mission l’Onuci, de même que la poursuite de l’obstruction aux missions de maintien de la paix », a ajouté le porte-parole de l’ONU.

Mais les déclarations du camp Gbagbo s’expliquent peut-être par la volonté d’allumer des contre-feux dans un contexte particulièrement défavorable. Le durcissement de ton intervient en effet alors que le président sortant redoute de subir ce samedi une grave défaite diplomatique. Une réunion des chefs d’État de l’UEMOA doit avoir lieu à Bamako et doit se prononcer, entre autres, sur le maintien ou non en poste du gouverneur de la BCEAO, Philippe-Henri Dacoury Tabley, proche de Gbagbo, et sur son remplacement éventuel par le ministre de l’Économie et des Finance de Ouattara, Charles Koffi Diby. La crise post-électorale ivoirienne a fait 247 morts depuis la mi-décembre, selon les Nations unies.(Avec AFP)