Politique

Manifestations : l’exemple tunisien inspire les Égyptiens

| Par Jeune Afrique
Policiers usant de gaz lacrymogènes au Caire, le 25 janvier.

Policiers usant de gaz lacrymogènes au Caire, le 25 janvier. © AFP

Des manifestations ont rassemblé pas moins de 15 000 personnes au Caire mardi. Fortement inspirée par la révolution tunisienne, cette mobilisation a déjà fait trois morts. Une nouvelle journée de protestation devrait avoir lieu ce mercredi.

Ils sont venus, ils sont tous là… ou presque. Mais pas pour célébrer, ce 25 janvier, la « Journée de la police » – un jour férié en Égypte afin d’honorer les services rendus par les forces de l’ordre… Ou alors c’est un hommage très particulier – et un brin pervers – que 15 000 manifestants environ (chiffres officiels) ont rendu à la police en défilant dans plusieurs quartiers du Caire, notamment aux abords de bâtiments officiels du centre-ville, et dans plusieurs villes du pays.

Provoquant les quelque 20 000 à 30 000 policiers déployés (sans compter les civils) et lançant des slogans violemment hostiles au pouvoir, des opposants au régime de Hosni Moubarak (82 ans dont 29 ans de pouvoir) se sont mobilisés dans la capitale, mais aussi dans plusieurs villes de province : Alexandrie (nord) à Assouan (sud), dans le delta du Nil ou dans la péninsule du Sinaï.

Les manifestations, qui passent pour les plus importantes depuis les émeutes de 1977 provoquées par une hausse du prix du pain, ont été parfois très violentes. D’après des sources médicales et sécuritaires, deux manifestants ont été tués lors de heurts avec la police à Suez (Nord), tandis qu’un policier est décédé au Caire après avoir été battu par des frondeurs, selon les autorités égyptiennes. Dans la capitale, sur la grande place Tahrir et dans ses environs, à proximité du Parlement et de nombreux ministères, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour tenter de disperser la foule, dans laquelle on comptait de nombreux jeunes, étudiants ou pas, parfois diplômés, souvent au chômage, mais tous inspirés par l’exemple tunisien.

« La Tunisie est la solution », « À bas Moubarak », « Moubarak, dégage ! » scandaient sans retenue de nombreux manifestants. À Ismaïliya, sur le Canal de Suez, quelque 200 à 250 personnes s’étaient rassemblées pour marteler « Après Ben Ali, à qui le tour ? »…

À l’initiative de la mobilisation de mardi, un groupe de militants pro-démocratie, le « Mouvement du 6 avril », s’active pour un deuxième jour de manifestations, mercredi. Sur sa page Facebook, il a appelé les Égyptiens à se rassembler sur la place principale du Caire, là où 10 000 personnes, selon des chiffres officiels s’étaient réunis la veille pour protester contre le régime. « Continuant ce que nous avons commencé le 25 janvier, nous allons descendre dans la rue pour demander le droit de vivre, la liberté et la dignité », a affirmé le groupe dans un communiqué, demandant à poursuivre la mobilisation « jusqu’à ce que les demandes du peuple égyptien soient satisfaites ». Les manifestations ont été aussitôt interdites par les autorités.


Manifestants au Caire, le 25 janvier.
© AFP

Là aussi, Facebook

Les griefs contre le Raïs, en place depuis 1981, sont nombreux. Plusieurs mouvements militant pour la démocratie avaient appelé la population à manifester pour faire de mardi une « journée de révolte contre la torture, la pauvreté, la corruption et le chômage ». Pari réussi.

L’initiative a été fortement relayée par SMS et sur internet à travers les réseaux sociaux, fortement utilisés par les jeunes. Plus de 90 000 personnes se sont ainsi déclarées sur Facebook prêtes à manifester. Les soutiens politiques, en revanche, ont été peu nombreux.

L’opposant Mohamed el-Baradei, ancien responsable de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déclaré qu’il soutenait les manifestants. En revanche, les Frères musulmans et le Wafd, premier parti d’opposition laïque, ne se sont pas officiellement associés au mouvement. Mais ils ont « autorisé » leurs jeunes militants à se joindre aux cortèges.

Le ministre de l’Intérieur, Habib al-Adli, a quant à lui affirmé mardi au journal gouvernemental Al-Ahram toute la fermeté de la position gouvernementale. « Les forces de l’ordre sont capables de faire face à toute menace contre la sécurité de la population, et nous ne prendrons à la légère aucune atteinte aux biens ni aucune infraction à la loi », a-t-il prévenu. Selon lui, les organisateurs des manifestations sont « inconscients » et il a assuré que leurs appels n’auraient « pas d’impact »… Sur la politique démocratique du régime, sans doute. Mais les États-Unis, qui sont des alliés traditionnels de Hosni Moubarak, ne voient peut-être pas les choses de la même façon (comme du reste l’armée, qui ne serait pas favorable à une succession dynastique des Moubarak à la présidentielle de septembre prochain).

"Réformes démocratiques"

En visite depuis lundi à Tunis pour des entretiens sur « les réformes démocratiques et les élections » avec le gouvernement de transition, le plus haut responsable de la diplomatie américaine pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman, a eu un entretien mardi avec le ministre tunisien des Affaires étrangères, Kamel Morjane. Et ce qu’il a dit en sortant de ce rendez-vous a dû faire dresser quelques oreilles du côté du Caire.

« Les défis qui se posent dans de grandes parties du monde, en particulier dans le monde arabe, sont les mêmes, et nous espérons que les gouvernements répondront aux aspirations politiques, sociales et économiques légitimes des peuples, particulièrement si elles s’expriment par des moyens légaux et pacifiques », a-t-il déclaré… (Avec AFP)

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