Société

Tunisie : grand nettoyage en vue dans les écuries de Slim Chiboub ?

Mis à jour le 26 janvier 2011 à 13:46

Le gendre de Ben Ali, Slim Chiboub, est soupçonné d’avoir acquis en France, avec l’argent du peuple tunisien, une écurie de compétition qui se trouve aujourd’hui dans le viseur de la justice. Essaie-t-il désormais de dissimuler ses chevaux en ayant recours à des prête-noms, pour éviter la saisie ?

Haro sur le haras ? La formule semble résumer la délicate situation dans laquelle se trouve le gendre de Zine el-Abidine Ben Ali, Slim Chiboub (qui est le mari de Dorsaf, une des filles issues du premier mariage de l’ex-président tunisien). Celui-ci, qui se trouverait actuellement à Dubaï après avoir fui devant la révolution tunisienne en passant par Tripoli, est propriétaire en France d’au moins 19 chevaux de course basés à Chantilly ou Marseille et évoluant régulièrement sur les hippodromes de Longchamp, Deauville ou Vincennes.

Mais Chiboub est désormais sous la menace de voir son écurie saisie et liquidée par la justice française. Soit dans le cadre de procédures pour détournement de fonds publics lancées par la Tunisie contre une trentaine de membres du clan Ben Ali, dont lui ; soit après l’enquête ouverte par le parquet de Paris pour les mêmes motifs, suite à une plainte déposée par trois ONG (Sherpa, Transparency International et la Commission arabe des droits humains).

Plus de 1,5 million d’euros de gains

Ils s’appellent El Pib d’Oro Ire, Super Jo ou encore de Lady Anouchka… et ce sont de petits champions. Leur valeur serait comprise entre 80 000 et 150 000 euros chacun. Et ils ont rapporté plus de 1,5 million d’euros au cours des trois dernières années, dont plus de 580 000 euros en 2010 pour une vingtaine de courses. Mais depuis peu, il y aurait du remue-ménage dans l’écurie, plusieurs chevaux cherchant de nouveaux propriétaires… L’un d’eux, Voxna, a été vendu au début de janvier à Jean-Pierre Derroubaix… le propre courtier de Slim Chiboub. Qui se défend d’être un prête-nom.

Dans la revue Paris Turf, celui-ci s’est expliqué le 21 janvier dernier. « Les chevaux de l’écurie Slim Chiboub sont à l’entraînement ou à l’élevage et il faut donc que les fournisseurs soient payés [entraîneurs, haras, vétérinaires etc.]. C’est pourquoi, je me suis rendu chez France Galop [la société organisatrice des courses hippiques en France, NDLR], pour exposer les faits et demander conseil quant aux limites et possibilités que me donne le “pouvoir” que je possède sur le compte de M. Slim Chiboub chez France Galop. Ma volonté est de payer tous les fournisseurs de ce qui leur est dû, et pour cela il faut que les chevaux puissent courir ou que certains soient vendus afin d’alimenter le compte France Galop. J’avais commencé à vendre quelques chevaux, dont Voxna, avec l’accord de Monsieur Chiboub et en informant France Galop », écrit-il.

Curieuse coïncidence

On l’a compris, selon le courtier, les gains des chevaux ne suffisent pas à leur entretien, et il faudrait en vendre… certains. Reste que cette nouvelle approche dans la gestion de l’écurie Chiboub coïncide curieusement avec la chute de Ben Ali et l’annonce par les autorités françaises de leur surveillance accrue des mouvements financiers des proches de Ben Ali en France. Et l’étau se ressert.

Un homme d’affaires tunisien installé en France, Salah Harbaoui, a déposé le 19 janvier un référé pour faire saisir les galopeurs de Chiboub par l’ONG Sherpa. « Nous allons tout faire pour que ces biens soient confisqués à Slim Chiboub, a expliqué Harbaoui au quotidien français Le Parisien. Il ne faut plus qu’il bénéficie de biens achetés avec de l’argent public illégalement obtenu et exporté », martèle-t-il.

Problème de plus pour Chiboub : il ne peut pas toucher directement le produit de la vente de ses chevaux. L’argent est placé sur le compte France Galop et continue de payer l’entretien des chevaux et les entraîneurs. Ne reste qu’une solution pour Chiboub : les prête-noms. À moins que lui-même n’en soit un pour son beau-père d’ex-président, désormais sous le coup d’un mandat d’arrêt international ?