Médias

Tunisie : la mystérieuse affaire Larbi Nasra

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Larbi Nasra affirme avoir été victime de pressions de la famille Ben Ali.

Larbi Nasra affirme avoir été victime de pressions de la famille Ben Ali. © D.R.

Les raisons de l’arrestation du fondateur de Hannibal TV Larbi Nasra, pour soupçons de « haute trahison », et sa libération quasi-immédiate demeurent largement mystérieuses. Les explications de l’intéressé laissent en tout cas sceptiques.

Les coups de théâtre s’enchaînent en Tunisie une vitesse déraisonnable. L’un des derniers en date concernait Larbi Nasra, fondateur en 2004 d’Hannibal TV, dont la diffusion a été suspendue pendant deux heures le 23 janvier. Le même jour, Nasra et son fils Mehdi étaient arrêtés pour « haute trahison » et « atteinte à la sécurité de l’État ».

À peine libéré, le lendemain, Larbi Nasra s’est empressé de multiplier les déclarations pour clamer son innocence, rappeler son engagement politique et raconter par le menu le harcèlement qu’il aurait subi de la part de l’entourage de Zine el-Abidine Ben Ali ainsi que de certains ministres. Car sa chaîne de télévision était convoitée, selon lui, aussi bien par Sakher el-Materi que par Belhassen Trabelsi, respectivement gendre et beau-frère de Ben Ali.

Nasra-Trabelsi : des liens de parenté

Cette affirmation est cependant peu crédible, car l’amitié qui liait l’ex-président et Larbi Nasra aurait pu permettre à ce dernier d’écarter toute pression. Par ailleurs, le fils de Nasra a épousé la nièce de Belhassen Trabelsi. Or les liens de parenté sont réputés favoriser les compromis à l’amiable.

Nasra poursuit sa campagne médiatique et avance des explications, par téléphone, sur Nessma TV, la chaîne concurrente d’Hannibal TV. Il pointe un doigt accusateur sur Nourreddine Boutar, patron de la radio Mosaïque FM, qui aurait été l’émissaire de Belhassen Trabelsi dans cette affaire. Mais Nourreddine Boutar réplique immédiatement que, en fait, c’est le contraire qui s’est produit. Hannibal TV avait selon lui des difficultés de trésorerie et cherchait un appui financier chez les Trabelsi.

Activités peu connues

Présenté comme homme d’affaires avant la création d’Hannibal TV, Larbi Nasra est d’abord, aux yeux de nombreux observateurs, un personnage sachant cultiver un large éventail de relations au plus haut niveau. Mais l’essentiel de ses activités autres qu’audiovisuelles sont peu connues. En 2008, il avait tenté de lancer la télévision islamique « Ferdaous ». Un projet demeuré depuis en l’état.

Au final, l’affaire Nasra apparaît comme un imbroglio juridique et médiatique difficile à démêler. L’arrestation de Larbi et Mehdi Nasra, et leur libération extrêmement rapide en dépit de la gravité des soupçons pesant sur eux, ne laissent pas d’interroger.

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