Politique

Le gouvernement tunisien poursuit son offensive anti-RCD

Mis à jour le 7 février 2011 à 16:24

Après un week-end d’émeutes à Kef et la montée d’un mouvement de protestation dans plusieurs régions, le gouvernement tunisien tente de répondre à la pression populaire en s’attaquant à l’assise politique de l’ancien homme fort Zine el-Abidine Ben Ali. Au menu : la dissolution du RCD et la neutralisation du Parlement que l’ex-parti au pouvoir contrôle encore largement.

C’est avec des accents révolutionnaires que le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a appelé lundi les députés à autoriser le président intérimaire, Foued Mebazaa, à gouverner par décrets-lois en Tunisie. Objectif : contourner un Parlement dominé à 80 % par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l’ex-parti au pouvoir.

« Cela va permettre au président intérimaire [Foued Mebazaa, NDLR] de prendre des décrets-lois, conformément à l’article 28 de la Constitution », a déclaré le Premier ministre devant les députés (125 présents sur 214 élus) qui étaient réunis, pour la première fois depuis la chute de Ben Ali, au palais du Bardo, siège du Parlement à Tunis. « Le temps est précieux. Ces décrets-lois, la Tunisie en a vraiment besoin pour écarter les dangers » qui menacent la révolution, a martelé Mohamed Ghannouchi. Qui a été entendu.

Les députés tunisiens ont massivement approuvé dans l’après-midi cette loi qui devrait rapidement permettre au président de promulguer une amnistie générale, des textes internationaux relatifs aux droits de l’homme et à l’organisation des partis politiques et une réforme du code électoral. Parmi les 195 députés présents (sur 214), 177 ont voté pour la loi, 16 contre (des représentants des petits partis d’opposition légaux) et 2 élus du RCD se sont abstenus. Le Sénat devrait avaliser le texte mercredi.

La bataille contre le RCD avait commencé dimanche soir, avec l’annonce par le ministère de l’Intérieur de la « suspension » dudit parti avant sa prochaine « dissolution ». « Il y a des personnes qui veulent faire revenir la Tunisie en arrière, mais nous devons honorer nos martyrs, qui se sont battus pour la liberté », a insisté le Premier ministre, appelant les députés à adopter le texte qui devrait passer mercredi devant la Chambre des conseillers (Sénat).

Pression populaire

La pression populaire est réelle. À l’extérieur du palais du Bardo, des centaines de manifestants s’étaient regroupés pour réclamer la « dissolution du Parlement ». Les députés devaient se prononcer dans la journée.

Depuis plusieurs jours, le gouvernement dénonce un « complot » rampant qui serait l’œuvre d’hommes de mains payés par le RCD. Lundi 1er février, des centaines d’hommes avaient pris d’assaut le ministère de l’Intérieur, obligeant le ministre Farhat Rajhi à fuir sous la protection des forces antiterroristes. Puis à donner un grand coup de balais parmi les dirigeants de la police.

Pour l’heure, le RCD n’a plus le droit d’organiser de réunions ni de rassemblements, et tous ses locaux sont fermés. Mais la plupart de ses cadres sont encore en poste dans les administrations et la police. L’opposition redoute même que l’ex-parti de Ben Ali, seul parti qui bénéficiait de structures partout dans le pays, n’arrive en tête des élections prévues d’ici à six mois. Un délai jugé du reste trop court par les partis politiques de l’ancienne opposition.

Reprendre la main

Le gouvernement voit dans cette offensive contre le RCD une manière de reprendre la main, alors que sa politique est vivement contestée dans de nombreuses régions. Les nominations récentes de 24 nouveaux gouverneurs de provinces, en particulier, ont du mal à passer, des manifestants réclamant leur départ pour cause de « RCDisme ». Le gouverneur de Gafsa (centre-ouest) a même dû quitter dimanche ses bureaux sous protection militaire.

Plus au nord, la ville du Kef a connu un week-end d’émeutes, que des habitants attribuent à des provocations orchestrées par le RCD. Deux personnes ont été tuées samedi par un commissaire de police, l’immeuble de la police a été incendié deux fois, et des groupes de pillards ont semé la panique dans la ville. (Avec AFP)