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Le géant singapourien Olam investit « discrètement » le Bassin du Congo

Mis à jour le 9 février 2011 à 12:24

Le groupe Olam a acquis tt Timber International se payant au passage la première compagnie forestière congolaise, la CIB. Pour une opération aussi importante les acteurs ont choisi la discrétion.

Les industriels et les autorités congolaises et gabonaises sont restés discrets sur le sujet. Pourtant, l’acquisition par le groupe agroalimentaire singapourien Olam de tt Timber International, filiale du danois Dalhoff Larsen & Horneman (DLH Group), va faire du bruit dans les milieux forestiers du Bassin du Congo. Annoncé par un communiqué d’Olam le 15 décembre dernier, le rachat a été finalisé à la mi-janvier et annoncé discrètement par le singapourien. Objet de l’opération : 1,3 million d’hectares de forêt tropicale dans le nord du Congo et 300 000 ha au Gabon, pour un montant de 29,6 millions d’euros.

Plan de restructuration de la CIB

Le processus engagé fin 2009 pour la restructuration de la Congolaise industrielle du bois (CIB), filiale de DLH Group, s’achève donc avec l’annonce officielle, début février, de son rachat par Olam.

Première compagnie forestière du pays où elle est présente depuis 1969, la CIB est active dans la production, la transformation et l’exportation d’une gamme étendue d’essences. Elle détient 1,3 million d’hectares de forêts – dont les trois-quarts sont certifiés FSC (Forest Stewardship Council) et la portion restante en attente de certification – dans les départements de la Sangha et de la Likouala (nord du Congo). En plus de son siège elle y dispose de quatre scieries, d’un séchoir et d’une unité de moulurage. Après un plan social qui a entraîné plus de 600 licenciements à la fin décembre 2009, elle emploie aujourd’hui un millier de personnes.

Fortement touchée par la crise financière internationale, qui a lourdement impacté le marché du bois, la CIB a enregistré une perte de plus de 9 milliards de F CFA (plus de 13,7 millions d’euros) sur la seule année 2009. Elle a donc engagé une phase de restructuration tout en recherchant un repreneur pour succéder au groupe danois DLH, principal actionnaire de la société, afin de maximiser sa production et de diversifier ses activités.

« Le groupe Olam a repris la CIB, va poursuivre les activités selon le même principe de gestion durable de la forêt, dans le respect des engagements sociaux, et examiner aussi, avec les autorités locales, les projets que le groupe peut soutenir dans le domaine agricole », a précisé Robert Hunink. Le président du conseil d’administration de la CIB s’est ainsi exprimé lors de la visite des représentants d’Olam au siège de sa société à Pokola, le 2 février.

La forêt gabonaise sous pavillon asiatique

Présent dans plus de soixante pays, dont vingt africains, le géant asiatique Olam a engagé depuis 2003 un plan d’investissements à long terme sur les marchés de bois certifiés. Il a notamment acquis des filiales au Ghana, en Côte d’Ivoire (où il s’est associé, depuis 2008, au groupe ivoirien Sifca, au sein de sa filiale Palmci, pour l’exploitation de palmeraies et la production d’huile de palme), en RD Congo et au Gabon.

Le rachat de tt Timber International au groupe DLH permet non seulement à Olam de prendre pied au Congo-Brazzaville, mais aussi de consolider sa présence dans le Bassin du Congo. Car, dans la corbeille de mariage, Olam acquiert 300 000 hectares de forêt gabonaise.

Rappelons par ailleurs que, lors de leur visite à Singapour en novembre, le chef de l’État gabonais, Ali Bongo Ondimba, et son gouvernement ont signé avec le groupe Olam un contrat de 1,5 milliard de dollars (environ 1,10 milliards d’euros). Cette transaction prévoit le développement de la culture du palmier à huile et d’engrais ammoniac-urée, à travers la création d’une coentreprise avec l’État gabonais dans laquelle Olam apporte une participation propre à hauteur de 80 %.

« D’ici 2014, environ 50 000 hectares de palmiers à huile auront été plantés, selon Gagan Gupta, le directeur général de Gabon Advance, la filiale gabonaise d’Olam » Une deuxième phase de 50 000 hectares est prévue si la première phase se déroule selon les prévisions. Le complexe d’engrais ammoniac-urée, dont la mise en service est fixée en 2016, aura une capacité de production totale de 2 200 tonnes métriques d’ammoniac et 3 850 tonnes d’urée par jour (soit une production totale de 1,3 millions de tonnes métriques d’urée par an).