Politique

La Tunisie face aux défis de la grogne sociale

Le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, le 10 février à Tunis. © Féthi Belaïd / AFP

Grèves spontanées ou organisées, pillages et même immolation d'une jeune femme à Monastir : tous les signaux sont au rouge en Tunisie. Alors que le gouvernement doit bientôt engager des négociations sociales, la centrale syndicale essaie de reprendre la main pour canaliser une contestation qui menace la transition démocratique.

À la base de la révolution en Tunisie, les problèmes sociaux continuent de se poser avec acuité, comme l’a montré jeudi l’immolation par le feu d’une jeune-femme devant le gouvernorat de Monastir (à 160 km au sud-est de Tunis). Alors que celle-ci, qui "éprouvait des difficultés à obtenir des médicaments pour son mari atteint d’un cancer" selon sa sœur citée par l’agence TAP, "souffre de brûlures au troisième degré" et est dans un état "jugé grave", la principale centrale syndicale de Tunisie a pressé le gouvernement d’engager "rapidement" des négociations afin de contenir l’explosion sociale qui menace la transition démocratique.

Dans la matinée de jeudi, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) avait réagi à la déclaration du président intérimaire, Fouad Mebazaa, qui a annoncé mercredi soir l’ouverture "prochainement" de "négociations sociales à l’échelle nationale", juste après avoir été investi par le Parlement de pouvoirs de crise. Abid Briki, un des dirigeants et porte-parole de l’UGTT, a notamment prévenu qu’il était "de l’intérêt du gouvernement d’engager rapidement des négociations avec la centrale syndicale" face à une "situation sociale explosive".

"Réponses immédiates"

"Il y a des réponses immédiates que le gouvernement peut apporter, à savoir la titularisation des centaines de milliers de contractuels qu’il faut intégrer dans les entreprises", a affirmé Abid Briki, qui réclame également la création d’une caisse de chômage. Tout en reconnaissant que la puissante UGTT était désormais "débordée face à l’agitation sociale".

Depuis plusieurs jours, dans tous le pays, les signaux d’alarme sont au rouge. Des grèves organisées ou spontanées se multiplient et ralentissent l’économie. Parallèlement, la situation sécuritaire reste tendue en province, où l’armée est déployée pour suppléer à l’absence totale de la police, bras armé du régime déchu et dont la population se méfie. Des pillages ont notamment été signalés à Jendouba (nord-ouest) et dans la ville voisine du Kef, un groupe d’agents de sécurité accusés d’être impliqués dans la flambée de violences du week-end dernier a été arrêté, selon l’agence TAP.

Tentative de retour en force de l’UGTT

Pour la centrale, l’enjeu est aussi de parvenir "à endiguer la grogne dans des secteurs ou entreprises dont l’UGTT a été chassée et remplacée par des cellules" du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), tout puissant parti au pouvoir sous Ben Ali. "Dans ces entreprises où des grèves spontanées ont été déclenchées, nous tentons d’organiser un retour en force de nos représentants et d’occuper le terrain", témoigne Abid Briki.

Marginalisée et divisée sous Ben Ali, l’UGTT a retrouvé un rôle de premier plan lors de la révolte qui a conduit à la chute de l’ex-président. Mais sa direction est contestée par un courant de gauche qui organise épisodiquement des rassemblements devant ses locaux à Tunis pour réclamer son départ en l’accusant de "composer" avec le gouvernement transitoire, qui reste ouvert au dialogue.

Le Premier ministre Mohammed Ghannouchi avait notamment indiqué jeudi à la chancelière allemande Angela Merkel lors d’un entretien téléphonique que son gouvernement organiserait "prochainement une conférence internationale (…) à Carthage" pour discuter du processus de réformes économiques et politiques, selon un communiqué de la chancellerie à Berlin. (Avec AFP)

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