Défense

Égypte : joie et doutes de l’après-Moubarak

Civils et militaires égyptiens fraternisent sur la place Tahrir, le 12 février. © Pedro Ugarte / AFP

L'émotion n'est toujours pas retombée en Égypte et dans le monde arabe après la démission de Hosni Moubarak que déjà les questions fusent. Qui dirige vraiment le pays ? Quelles sont les tendances qui divisent l'armée, désormais au pouvoir ?

L’euphorie plane toujours dans l »air. Moins de vingt-quatre heures après la démission du président Hosni Moubarak, les Égyptiens ont encore du mal à le croire. Tandis que l’armée commençait dans la matinée à enlever les barricades et barbelés autour de la place Tahrir, ils étaient toujours des milliers à être rassemblés sur l’épicentre de la révolution lancée le 25 janvier, beaucoup ayant passé la nuit sur place.

Au petit matin, un groupe de jeunes fêtait encore le départ de Moubarak, sur le pont menant à l’une des entrées de la place, arborant des drapeaux égyptiens et arrêtant les voitures pour féliciter les conducteurs. "C’est la fête, nous sommes nés de nouveau", lançait l’un d’eux. "C’est la fin de l’injustice ! Nous étions en retard par rapport à d’autres pays, maintenant, nous avons une valeur aux yeux de l’étranger, du monde arabe !"

Sur la place, armés de balais et de sacs, de nombreux civils s’étaient déjà mis au ménage, comme si la vie reprenait son cours normal. Des grues s’activaient également à enlever les carcasses de voitures brûlées lors des violents affrontements entre forces de l’ordre, pro et anti-Moubarak au cours d’une révolte qui a fait au moins 300 morts, selon l’ONU et Human Rights Watch.

Vue de la place Tahrir (Libération), au Caire le 12 février au matin.

© Marco Longari / AFP

Le "caniche de Moubarak"

Mais déjà l’après-Moubarak s’organise, avec toutes les questions politiques qui lui sont liées. L’armée est certes maître du jeu. Mais elle a préféré s’effacer, du moins en apparence, assurant qu’elle ne souhaitait pas se substituer à "la légitimité voulue par le peuple". En théorie, le nouvel homme fort du pays est donc le ministre de la Défense Mohamed Hussein Tantaoui, surnommé le "caniche de Moubarak" par un diplomate américain dans un câble révélé par WikiLeaks.

Âgé de 75 ans, celui-ci est de facto à la tête du Conseil suprême des forces armées, une commission de dirigeants militaires qui a pris la direction de l’Égypte, mais il n’y est pas forcément le plus influent. Deux tendances s’y dessinent : une très pro-Moubarak incarnée par le vice-président Omar Souleimane et Hussein Tantaoui ; l’autre plus populaire, dirigée par le chef d’état major de l’armée égyptienne, Sami Annan, auquel la réputation de probité et d’indépendance par rapport à l’ancien chef de l’État pourrait donner un rôle central dans la transition – si ce n’est déjà le cas…

Respect des traités internationaux

Dans son "communiqué numéro 4", lu par un militaire à la télévision d’État samedi arpès-midi, le conseil suprême des forces armées a néanmoins pris quelques engagements généraux. Il a notamment annoncé que le gouvernement nommé quelques jours avant son départ par Moubarak resterait en place provisoirement pour assurer la gestion des affaires courantes.

"La République arabe d’Egypte restera engagée envers tous ses traités régionaux et internationaux", a-t-il ajouté. L’Égypte est, avec la Jordanie, le seul pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël, et l’État hébreu n’a pas caché ces deux dernières semaines ses craintes sérieuses de voir émerger au Caire un nouveau pouvoir qui serait hostile à cet accord.

L’armée s’est aussi engagée à une "transition pacifique du pouvoir" qui "préparera le terrain à un pouvoir civil élu en vue de construire un État démocratique libre", a déclaré le conseil, sans toutefois donner de calendrier.

Solidarité de la rue arabe

Quoiqu’il en soit, l’annonce de la chute de Moubarak a été saluée par les populations des États arabes voisins, notamment en Tunisie, en Algérie (où se déroule ce samedi une importante manifestation anti-Bouteflika), au Yémen, (où des milliers de jeunes ont manifesté samedi à Sanaa pour appeler au départ du président Ali Abdallah Saleh, en scandant "Après Moubarak, c’est le tour d’Ali"), où encore à Gaza. Le mouvement islamiste Hamas y a une nouvelle fois montré sa capacité de mobilisation, avec une manifestation de quelque 2 000 étudiants palestiniens.

Par ailleurs, quelque 600 prisonniers se sont échappés samedi d’une prison du Caire après des émeutes, a-t-on appris auprès des services de sécurité qui font état de plusieurs morts ou blessés. De nombreux postes de police et des prisons avaient été attaqués pendant les premiers jours de la révolte, pour libérer, entre autres, les prisonniers d’opinion.

La vie reprend cependant son cours. Le couvre-feu a été allégé : il débutera désormais à minuit au lieu de 20 heures (18 heures GMT), et durera jusqu’à 06 heures (04 heures GMT). Enfin, la Bourse du Caire, fermée depuis le 27 janvier, doit rouvrir mercredi, a annoncé la télévision d’État. (Avec AFP)

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