Société

L’amertume de Lazare, « déplacé de guerre » d’Abobo

Les Abidjanais fuient les combats incessants.

Les Abidjanais fuient les combats incessants. © AFP

Fuyant « Bagdad », surnom donné à la commune d’Abidjan, où les combats entre Forces de défense et de sécurité et le « commando invisible » sont les plus violents, des milliers d’Ivoiriens affluent vers les églises catholiques, lieux de refuge. Rencontre avec l’un d’entre eux.

Lazare, assis sous un abri en tôle, dans l’immense cour de l’église Saint-Ambroise d’Angré, est perdu dans ses pensées. Ce chef mécanicien travaillant pour le compte de la puissante filière café-cacao, est venu ici dans la précipitation avec sa femme et ses enfants. Il ont fui les combats incessants qui se déroulent à Abobo, dans leur quartier de N’Dotré. « On a tout perdu », lâche-t-il dans un grand hochement d’épaules. Vêtements, appareils électroménagers, meubles : sa famille a tout abandonné pour s’échapper par la brousse.

Il fallait partir. Vite. « Les affrontements ont eu lieu devant ma porte, où deux véhicules des forces loyalistes ont été brûlés. Le fracas des armes était trop fort. Les murs de notre maison, pourtant construite en dur, tremblaient. Impossible de manger, de dormir. Quand tu entends les détonations, c’est comme si tu es déjà mort. Les enfants étaient traumatisés », explique-t-il. Avant de raconter le spectacle d’horreur auquel sa famille a assisté dans sa fuite. « Des morts traînaient au bord du goudron. J’en ai vu une dizaine. Des personnes déshabillées, attachées par les mains et les pieds et égorgées. »

"Soit Ouattara, soit Gbagbo"

L’église Saint-Ambroise est un lieu de transit, d’où les traumatisés d’Abobo doivent rejoindre, avec l’aide des autorités – la ministre Anne Gnaoré, du gouvernement de Laurent Gbagbo, vient de quitter les lieux – des membres de leurs familles disposés à les accueillir. « Moi, j’irai dans mon village. Comme ça, si je meurs, on m’enterre directement », s’écœure Lazare. C’est qu’il est déboussolé. Les sanctions européennes ont ruiné la filière café-cacao, et il a perdu son emploi. Son compte se trouve à Ecobank, qui a fermé comme la majorité des établissements financiers du pays. Il est désormais sans domicile. Le village apparaît pour lui comme une sorte de recours ultime. « Je ne reviendrai à Abidjan que quand il y aura un seul président. Soit Ouattara, soit Gbagbo. Je l’ai juré devant cette église », dit-il avec force.

Autour de lui, seuls les enfants semblent ne pas voir l’ambiance crépusculaire de baluchons posés ça et là, de familles partageant des repas improvisés en plein air, de camions qui viennent déposer des nouveaux arrivants et transporter les volontaires dans des quartiers plus sécurisés d’Abidjan – où il devient de plus en plus fréquent de voir une dizaine de personnes entassées dans un deux pièces – ou dans des villes de province. Ils dansent, chantent et soulèvent la poussière autour des jeunes scouts volontaires, venus leur apporter un peu de distraction. Cela les aidera, sans doute, à oublier les mines graves et préoccupées de leurs parents.

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