Politique

Libye : les insurgés reculent, les révélations pleuvent sur la fortune des Kadhafi

Mis à jour le 10 mars 2011 à 18:17

Zawiyah et Ras Lanouf étaient aux mains des forces pro-Kadhafi ou en passe de l’être jeudi. Un revers pour les insurgés libyens, alors que les révélations se multiplient sur la fortune des Kadhafi. Et la manière dont ils l’utilisent contre le peuple libyen.

Jeudi après-midi, les forces de Mouammar Kadhafi semblaient avoir remporté deux grandes victoires sur les insurgés. À 40 km à l’ouest de Tripoli, Zawiyah était tombée sous le contrôle des pro-Kadhafi après de violents combats. Cette ville de quelque 250 000 personnes, était jusque-là le bastion des insurgés le plus proche de Tripoli. Elle abrite la principale raffinerie de pétrole alimentant la capitale et l’ouest du pays. « La ville est actuellement sous contrôle de l’armée. Les combats ont cessé […] Les téléphones sont coupés à Zawiyah », a dit un habitant qui a réussi a fuir la cité.

Autre avancée significative : les forces loyalistes et les miliciens payés par Kadhafi étaient jeudi sur le point de remporter la bataille de Ras Lanouf (à 650 km de Tripoli), bastion rebelle le plus avancé sur le front de l’est et cible de violents bombardements qui ont visé progressivement des positions à l’ouest de Ras Lanouf, puis ses environs, avant qu’une pluie de roquettes ne se déversent sur le centre de la ville. Au moins quatre d’entre elles se sont abattues près d’une mosquée et de l’hôpital évacué par les médecins et leurs patients à pied ou dans des ambulances.


Des éclats volent dans les airs alors qu’une roquette explose près d’insurgés libyens à Ras Lanouf, le 10 mars 2011
© AFP

La France reconnaît l’opposition libyenne

« Nous avons été vaincus. Ils bombardent à coups d’obus et nous fuyons. Cela signifie qu’ils sont en train de reprendre Ras Lanouf », a reconnu un insurgé en treillis. En revanche, les rebelles continuaient de contrôler la ville de Misrata à 150 km à l’est de Tripoli. « Il n’y a plus de combats », a indiqué un témoin alors que d’autres avaient affirmé que des forces loyalistes convergeaient vers Misrata.

Après quelques heures de réunions, à Bruxelles, de l’Otan et de l’Union européenne sur les moyens de stopper la crise, la France a annoncé jeudi reconnaître le Conseil national de l’opposition basé à Benghazi comme le seul « représentant légitime du peuple libyen » – ce qu’a refusé de faire la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton.

La capture du chef dudit Conseil, Moustafa Abdeljalil, a été mise à prix par le régime. Celui-ci a lancé un appel à l’aide internationale affirmant que sans elle « Kadhafi anéantira » le pays. Abdeljalil réclame également une zone d’exclusion aérienne pour empêcher les raids de l’aviation militaire. Une proposition franco-britannique allant dans ce sens pourrait être présentée vendredi devant le Conseil de sécurité de l’ONU, bien que la Russie et la Chine y soient opposées.


Des tanks des forces pro-Kadhafi avancent vers les positions des insurgés à Ras Lanouf, le 10 mars 2011.
© AFP

Les milliards de dollars de Kadhafi… en liquide

De son côté Mouammar Kadhafi reste imperturbable malgré les sanctions internationales qui pèsent sur lui (dont le gel d’environ 30 milliards de dollars d’avoirs libyens par les États-Unis) et l’ouverture d’une enquête internationale pour crimes contre l’humanité par la CPI. Pour l’instant, il aurait en effet les moyens de tenir dans la tempête, même s’il a peut-être étudié la possibilité de se retirer du pouvoir sous condition.

Selon un responsable du renseignement américain cité par le New York Times dans son édition de jeudi, l’ex-leader libyen « a probablement des dizaines de milliards [de dollars] en argent liquide auxquels il peut accéder en Libye ». Des sommes stockées à la Banque centrale libyenne et dans d’autres banques de Tripoli et des environs qui sont largement suffisantes pour payer grassement ses troupes, ainsi que des mercenaires africains et des soutiens politiques.

Une partie de cet argent a peut-être été transférée vers la résidence de Bab Al Aziza, où vit le colonel Kadhafi, a encore indiqué au New York Times une personne souhaitant garder l’anonymat et ayant des liens avec le gouvernement libyen. Selon la même source, dont les informations n’ont pu être confirmées par des responsables américains du renseignement, le régime a embauché 3 000 à 4 000 mercenaires en Afrique subsaharienne, notamment du Mali, du Niger et du Soudan (en particulier du Mouvement pour la justice et l’égalité, JEM), qui sont payés chacun 1 000 dollars (environ 723 euros) par jour…

Seif el-Islam Kadhafi siphonne le pétrole

Kadhafi a « des comptes cachés et dispose de sommes non comptabilisées suffisamment importantes pour assurer sa sécurité même si le monde s’écroule autour de lui », a déclaré David Aufhauser, un ancien haut responsable du département du Trésor sous le gouvernement de George W. Bush.

Le fils de Kadhafi, Seif el-Islam, a lui aussi de quoi s’assurer une avenir tranquille. Selon une note diplomatique américaine obtenue par WikiLeaks et publiée jeudi par le journal norvégien de référence Aftenposten, il aurait siphonné du pétrole d’un gisement exploité par le français Total.

Dans un télégramme du 4 juin 2009, l’ambassade des États-Unis à Tripoli relate un accord entre un consortium formé par Total et l’allemand Wintershall d’une part, et le groupe pétrolier gouvernemental libyen NOC d’autre part, en vue de donner à celui-ci une part accrue dans deux gisements, Mabruk et Al Jurf. « Un corollaire potentiellement intéressant est qu’Al Jurf est, paraît-il, un champ dans lequel Seif el-Islam […] obtient régulièrement des droits de tirage, qu’il revend pour financer ses diverses activités », peut-on lire dans le télégramme mis en ligne par Aftenposten. « Seif a des relations étroites avec des personnalités françaises importantes du monde politique et des affaires », peut-on également lire dans le télégramme. (Avec AFP)