Défense

TSSL : quelle sentence pour Charles Taylor ?

L'ancien président libérien Charles Taylor, le 8 février 2011 devant le TSSL près de La Haye. © AFP

Le procès de l’ancien président du Libéria Charles Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) est désormais terminé. L’ancien dictateur risque la prison à vie. Réponse d’ici à six mois.

Clôture des débats au sein du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) dans le procès Charles Taylor. Les juges se sont retirés de la salle d’audience vendredi et leur jugement est attendu d’ici quatre à six mois, à l’été 2011. C’est le temps qu’il leur faudra pour examiner les 50 000 pages de retranscriptions écrites des audiences.

L’ancien président du Liberia risque la prison à vie. Il est accusé de onze crimes pour lesquels il plaide non coupable, notamment meurtres, viols, enrôlement d’enfants soldats, esclavage sexuel et même actes de cannibalisme. Il est soupçonné d’avoir fourni armes et munitions en échange de diamants aux rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) durant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2001), qui a fait quelque 120 000 morts. « Les éléments de preuve dans cette affaire (…) démontrent que l’accusé est coupable au-delà de tout doute raisonnable de chacune des accusations dont il doit répondre », a lancé aux juges la procureur Brenda Hollis.

Décrédibiliser l’accusation

De mercredi à vendredi, la défense a pris la parole pour la dernière fois. Les avocats de Charles Taylor ont eu six heures pour tenter de convaincre. Avec habileté, ils ont tenté de mettre en doute la crédibilité des témoins de l’accusation. « Il y a suffisamment de preuves pour démonter le dossier de l’accusation dans sa totalité », a affirmé vendredi Morris Anyah, l’un des avocats de Charles Taylor.

Mercredi, premier jour de leur plaidoirie, les avocats de l’ancien dictateur se sont également efforcés de présenter leur client comme la victime d’un procès politique dirigé par les puissances occidentales.

« L’accusation a fait de ce procès l’expression d’un néo-colonialisme du XXIe siècle », a dénoncé Courtenay Griffiths, l’avocat principal de Charles Taylor. Pour appuyer ses arguments, il a brandi des télégrammes de WikiLeaks, obtenus à la dernière minute. Les câbles rapportent les propos de l’ambassadeur des États-Unis au Liberia en 2009. Celui-ci aurait demandé à la communauté internationale d’empêcher le retour de Charles Taylor au Liberia, et d’envisager des poursuites judiciaires contre lui aux États-Unis, au cas où le dictateur serait acquitté à La Haye. La défense a enfin insisté sur le manque de preuves des chefs d’accusation, basés, selon elle, sur des rumeurs et des supputations.

Taylor, le pacificateur

Courtenay Griffiths a notamment présenté devant le tribunal un courrier de l’ancien patron des Nations unies au Liberia, daté de 2000. Le fonctionnaire expliquait à ses supérieurs ne pas détenir la preuve que Charles Taylor ait procuré armes et munitions au RUF en échange de diamants. Selon les avocats, « the Pa », comme on surnomme l’accusé, aurait au contraire tenté de pacifier la région. Mais la défense est allée plus loin encore.

Les témoins sierra-léonais ou libériens auraient, selon elle, bénéficié des largesses du procureur. Les frais d’école et de soins médicaux auraient été payés aux individus acceptant de prêter serment à la barre.

Impassible, comme à son habitude, l’ancien président du Liberia a écouté accusation et défense s’affronter à coup d’arguments. Président du Liberia entre 1997 et 2003, Charles Taylor « était au cœur des crimes commis en Sierre Leone », a affirmé Brenda Hollis, « il était celui qui avait le contrôle sur les chefs des groupes qui commettaient des crimes si horribles ». Il a « dirigé, instauré, alimenté et soutenu la campagne de terreur pour contrôler de force la population et le territoire de Sierra Leone » et « pour piller les ressources, en particulier les diamants », explique-t-elle.

Plaidant non coupable tous les chefs d’accusation, Taylor ne s’est pas exprimé depuis logtemps à son procès. Mais il avait pris la parole durant plusieurs semaines en juillet 2009 pour clamer son innocence. « Toute cette affaire est une supercherie, une tromperie basée sur des mensonges ! », avait-il affirmé. Son procès, le premier d’un chef d’État africain poursuivi par la justice internationale, avait commencé en janvier 2008 aux Pays-Bas, où il avait été délocalisé pour des raisons de sécurité. (Avec AFP)

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