Économie

Kaba Nialé : « Les indicateurs montrent que la Côte d’Ivoire est sur la bonne voie »

Cette statisticienne de 51 ans a été nommée fin 2012. Elle était précédemment ministre de la Promotion du logement.

Cette statisticienne de 51 ans a été nommée fin 2012. Elle était précédemment ministre de la Promotion du logement. © Nabil Zorkot/JA

Kaba Nialé est la cheville ouvrière de la stratégie économique du gouvernement. Croissance, dette, climat des affaires… La ministre confie à « Jeune Afrique » son analyse de la reprise ivoirienne.

Depuis son bureau au 19e étage de l’immeuble Sciam du quartier du Plateau, à Abidjan, Kaba Nialé met en musique la politique économique du Premier ministre, Daniel Kablan Duncan. Et cette excellente connaisseuse de l’appareil d’État l’assure : la situation s’améliore. Reste que beaucoup doit encore être accompli pour rendre au moteur ivoirien sa puissance d’antan. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à constater le délabrement des ascenseurs qui mènent au cabinet de la ministre de l’Économie et des Finances… Entretien.

Jeune afrique : Deux ans après l’arrivée au pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara, comment se porte l’économie ivoirienne ?

Kaba Nialé : Beaucoup mieux. Avant la crise postélectorale [sous Laurent Gbagbo], la croissance économique était en moyenne inférieure à 2 % et celle de la démographie autour de 3 %. Nous sortons d’une longue période de paupérisation. Même si la crise a engendré une croissance négative de 4,7 % en 2011, nous avons rapidement rattrapé ce retard, avec un taux de 9,8 % en 2012 et de 9 % en 2013, selon nos prévisions [8 % selon le FMI]. À ce jour, le rythme des dépenses publiques, la consommation d’électricité et toute une série d’indicateurs montrent que la Côte d’Ivoire maintient sa croissance.

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Mais celle-ci repose sur la dépense publique. Le secteur privé ne tarde-t-il pas à prendre le relais ?

Vous avez raison. Dès 2011, l’État a fait des efforts pour relancer l’économie. On est passé d’un taux d’investissement public de 2,9 % à 4,9 % du PIB entre 2011 et 2012, et nous devrions atteindre 7,8 % en 2013 puis 9 % en 2014. Mais nous constatons aussi une reprise de l’investissement privé : il était de 5,4 % du PIB en 2011 et de 8,8 % l’an dernier. En 2013, on prévoit 10,3 %. À partir de 2015, il va y avoir une inflexion et c’est l’investissement privé qui aura tendance à croître le plus.

Le secteur privé reste néanmoins sur la défensive…

Le privé marque un intérêt soutenu pour la Côte d’Ivoire. Tous les avions et les hôtels sont pleins, et les acteurs déjà présents avant la crise ont repris leurs investissements.

Que dites-vous aux Ivoiriens qui ne voient pas encore de changement dans leur vie quotidienne ?

On constate des progrès évidents. Les infrastructures de transport, par exemple, ont été améliorées.

Tout n’est quand même pas parfait. Prenez l’état délabré de la zone industrielle de Yopougon, par exemple…

Les réformes avancent petit à petit. L’État vient de créer une structure rattachée au ministère de l’Industrie pour prendre en main la gestion de toutes les zones industrielles de Côte d’Ivoire. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes. Mais regardez le secteur formel : la Caisse nationale de prévoyance sociale a estimé fin 2012 sa croissance à 4 %, en se basant sur le nombre de salariés pour lesquels les entreprises paient les cotisations de sécurité sociale. Il y a de la redistribution. C’est vrai, les Ivoiriens disent que ce n’est pas suffisant. Mais il est normal que la croissance ne produise pas immédiatement ses effets.

croissance-CI infoLa Côte d’Ivoire a sollicité six fois les marchés financiers entre janvier et juin, pour un montant de 380 milliards de F CFA (579 millions d’euros). L’État connaît-il des tensions de trésorerie ?

Ces émissions sont à la fois normales et prévues. Quant aux montants, ils sont proportionnels à notre budget de 3 883 milliards de F CFA et à la taille de notre économie. Soyez rassuré, le secteur financier est tout à fait libre. Tant que nous levons des fonds, c’est que le marché estime qu’il peut investir dans les bons que nous émettons. Nous étudions actuellement la meilleure façon de mobiliser davantage l’épargne sous-régionale.

L’avenir de la Côte d’Ivoire est lié aux financements des bailleurs. Ces derniers tiennent-ils leurs promesses ?

Concernant le financement du Plan national de développement, les promesses de dons ont été environ deux fois supérieures à ce que nous recherchions. Avec la Banque mondiale, l’État a aujourd’hui des projets importants, et il se peut que le montant des annonces soit dépassé.

Les projets à financer sont-ils identifiés ?

Avec certains bailleurs comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement et la Banque ouest-africaine de développement, nous avons bien avancé. Pour les autres, il faut que la partie ivoirienne travaille davantage afin d’identifier les projets et signer. Pour y parvenir, le gouvernement a mis sur pied un fonds d’étude dont la dotation [25 milliards de F CFA en 2012] a plus que doublé cette année.

La dette intérieure de l’État, de 2 314 milliards de F CFA fin 2012, est un sujet brûlant. Prévoyez-vous un apurement de la situation ?

Le paiement de la dette intérieure permettra de relancer l’économie et surtout de soulager un certain nombre de PME. Nous avons fait une première étude pour faire le point sur l’ensemble des arriérés de l’État de 2000 à 2010. Celle-ci a donné des conclusions et nous avons estimé qu’il fallait une étude complémentaire. Cette dette, il faudra la traiter en négociant des aménagements dans le temps, mais aussi en en payant une partie.

Les acteurs présents avant la crise ont repris leurs investissements

Le Fonds monétaire international (FMI) vous demande-t-il toujours de limiter vos subventions, notamment sur le pétrole, le gaz ou l’électricité ?

Ces questions sont en discussion. Depuis avril, le prix des produits pétroliers est réévalué tous les mois, ce qui réduit de facto le montant des subventions. L’État continue de subventionner le gaz butane, en accord avec les bailleurs. Concernant l’électricité, nous avons demandé un peu de temps. La question sera évoquée lors de la mission du FMI en septembre.

La restructuration du secteur bancaire est une priorité affichée depuis de nombreux mois. Où en êtes-vous ?

Cette mission a été confiée au cabinet PwC et ses conclusions sont attendues fin juillet ou début août. À l’issue de cette réflexion, l’État devra renforcer les banques qui resteront dans son giron et privatiser les autres.

Comment évolue le climat des affaires ?

Tous nos interlocuteurs nous disent qu’il s’améliore. L’entrée en fonction du tribunal de commerce, qui rend ses conclusions dans un délai de trois mois, est un signe important, tout comme l’instauration d’un guichet unique pour la création d’entreprise et l’adoption d’un code des investissements plus attractif. Concernant le droit de la concurrence, une commission spécifique vient d’être constituée.

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Propos recueillis à Abidjan par Julien Clémençot et Baudelaire Mieu

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