Politique

Côte d’Ivoire : Blé Goudé refait surface

Mis à jour le 8 avril 2011 à 20:33

Le leader des « jeunes patriotes », Charles Blé Goudé, qui ne s’était pratiquement pas exprimé depuis le début des combats à Abidjan, a appelé à la « réconciliation nationale » dans une interview à la chaîne France 24. Tout en continuant à tenir un langage extrêment dur à l’égard d’Alassane Ouattara et de la France, qu’il estime responsable de tous les malheurs de la Côte d’Ivoire.

Charles Blé Goudé, le leader des jeunes patriotes pro-Gbagbo, réapparaît. Alors que certains, dans le camp du président sortant lui reprochent de n’avoir pas joué son rôle de mobilisateur de la jeunesse pendant les combats, Blé Goudé appele au « dialogue inter-ivoirien », dans un entretien accordé à la chaîne France 24.

« C’est la seule issue pour contrôler cette crise, sinon on ne pourra jamais faire disparaître tous les pro-Gbagbo ou les pro-Outtara de la Côte d’Ivoire », a-t-il déclaré. « En Afrique du Sud, il y a eu la Commission vérité et réconciliation », a-t-il expliqué, sous-entendant que cette formule pourrait s’appliquer, « au lieu de lyncher médiatiquement le président Laurent Gbagbo ».

"Pas de réconciliation sans Gbagbo"

« Il n’y aura pas de réconciliation en Côte d’Ivoire sans Gbagbo Laurent. Il est un leader que les Ivoiriens ont désigné », a-t-il martelé. Le problème, c’est que la réputation de roublardise de son mentor n’est pas de nature à lui donner une seconde chance aux yeux de ses adversaires comme de la communauté internationale. D’autant que la machine judiciaire de la Cour pénale internationale (CPI) s’est déjà mise en branle (retrouver ici le mémorandum des avocats du camp Ouattara). Et pourrait aboutir rapidement à une inculpation – y compris du « général de la rue » lui-même.

À Abidjan, la semaine de combats a laissé derrière elle un chaos indescriptible. Des corps jonchent les rues. Certains habitants ont commencé à les brûler pour éviter les épidémies. Les Abidjanais manquent d’eau et de nourriture. Comme jeuneafrique.com l’a révélé, il y a également plusieurs centaines de Maliens prostrés dans les sous-sol de l’ambassade malienne. Attaqués par la Garde présidentielle de Bruno Dogbo Blé, ils s’y sont réfugiés depuis plusieurs jours avec femmes et enfants, sans nourriture, et deux d’entre eux sont déjà morts.

Laurent Gbagbo est quant à lui toujours retranché dans sa résidence et refuse de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara à la présidentielle de novembre 2010. La situation sécuritaire reste très tendue, malgré le blocus que les forces d’Alassane Ouattara imposent au président sortant.

Contre toute évidence

Le président élu et reconnu par la communauté internationale a appelé à la réconciliation nationale, invitant ses « compatriotes à s’abstenir de tout acte de vengeance ». Mais dans le camp Ouattara, il n’est plus question d’amnistie. L’amnistie que Laurent Gbagbo a refusée pendant plusieurs mois et qu’il aimerait peut-être désormais renégocier. D’où l’appel de Blé Goudé, qui continue d’accuser la France d’être responsable de tous les maux de la Côte d’Ivoire.

« M. Ouattara a tenu un discours. Malgré ce discours, les pillages orchestrés par ses hommes continuent à Abidjan. Voilà ce que la France contribue à créer en Côte d’Ivoire », a-t-il affirmé. Et d’accuser à plusieurs reprises Paris d’être « entièrement responsable du chaos qui été créé en Côte d’Ivoire ».

Blé Goudé, qui refuse de dire où il se cache, nie également avoir armé ses partisans, contrairement à de nombreux témoignages. « Il n’y a pas de civils à qui les armes ont été distribuées. Ceux qui distribuent aujourd’hui des armes aux civils, qui tuent, qui pillent, c’est M. Ouattara et ses hommes. M. Ouattara a armé ses militants (…) », a-t-il lancé. (avec AFP)