Politique

Algérie : sans complexe, la presse évoque l’après-Bouteflika

Cinq jours après l’annonce de réformes politiques par le président algérien Abdelaziz Bouteflika dans un discours à la nation qui a laissé l’image d’un homme fatigué, la presse s’interroge ouvertement sur la succession du chef de l’Etat, élu pour un 3e quinquennat qui s’achève en 2014.

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Mis à jour le 20 avril 2011 à 20:37

Les réformes prévoyant une révision de la Constitution, de la loi sur les partis politiques, du régime électoral et du code de l’information vont permettre à M. Bouteflika, 74 ans, de préparer sa succession, estimait mercredi Le Quotidien d’Oran. Les spéculations sur la succession du chef de l’Etat ont commencé lorsque le Premier ministre Ahmed Ouyahia a récemment déclaré que "personne ne reste à la présidence de la République à vie".

Le Quotidien d’Oran prête au chef de l’Etat le projet de créer, grâce à la modification de la Constitution, un poste de vice-président qu’il nommerait lui-même et qui "se chargera de la succession si celle-ci devait être anticipée". "Pour Bouteflika, c’est l’assurance qui prémunirait ainsi ses proches et fidèles contre l’éventualité de +règlements de comptes+ comme cela fut le cas dans le pays à l’occasion de tous les changements du pouvoir", poursuit le journal .

Organiser la succession

"Lui, comme les autres cercles du pouvoir, ont intérêt dans ce cas de figure à ce que la succession se passe sans débat et dans la continuité pour le reste du mandat à accomplir", estime encore le Quotidien d’Oran selon lequel les autres reformes vont "masquer une révision constitutionnelle à travers laquelle sera confirmé sans ambiguïté le caractère présidentiel du système". Le politologue, Rachid Krim, croit deviner les mêmes intentions chez le président Bouteflika.

"De toutes les réformes qu’il a annoncées, seule peut-être la réforme constitutionnelle peut avoir de l’intérêt pour lui", a-t-il déclaré au quotidien El Watan. "Il y a un lien direct entre son état de santé et l’obligation de sauver son régime. Il lui faut absolument organiser sa succession de manière à ce que le pouvoir n’échappe pas à son clan et que le système qu’il a mis en place soit pérennisé", analyse le politologue qui prévoit la mise en place d’un "système véritablement présidentiel, à l’américaine".

Santé fragile et discours parcimonieux

L’état de santé de M. Bouteflika, élu président de la République le 15 avril 1999, a soulevé des interrogations de la presse qui s’est demandé au lendemain de son adresse à la nation s’il était capable de mener lui-même les reformes qu’il venait d’annoncer. Le chef de l’Etat algérien avait été opéré fin 2005 d’un "ulcère hémorragique au niveau de l’estomac", à l’hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Un an après, il avait affirmé avoir été "très malade" mais s’en être sorti "de manière absolument fabuleuse".

Pour autant, les apparitions publiques de M. Bouteflika sont devenues rares et les discours de ce redoutable orateur parcimonieux. "Les téléspectateurs ont découvert toute la réalité de la dégradation de la condition physique de leur chef de l’Etat", avait observé samedi El Watan. Le politologue Mohamed-Chafik Mesbah, ancien officier du Renseignement, a noté que "c’est l’image pathétique d’un homme, psychologiquement et physique usé qui se dégage" du discours à la nation de M. Bouteflika.

"Les Algériens ont découvert un homme visiblement très éprouvé physiquement et affaibli par la maladie", a observé aussi le politologue, Rachid Tlemçani. Mais, le lendemain de son discours, M. Bouteflika s’est rendu à Tlemcen (nord-ouest) "capitale de la culture islamique" pour 2011, où il a inauguré de nombreuses infrastructures, et où il a reçu un accueil prouvant qu’il jouit d’une "popularité sans faille", selon El-Moudjahid (gouvernemental).