Politique

Tunisie : le procès d’Imed Trabelsi déchaîne les passions

Arrivée au palais de justice d'Imed Trabelsi, le neveu de Leïla Ben Ali, le 21 avril. © AFP

Malgré la volonté affichée d’aller dans le sens d’une justice apaisée, le procès d’Imed Trabelsi a débuté dans l’hystérie collective, à tel point qu'il a dû être reporté.

La comparution, mercredi 21 avril, du neveu de Leïla Ben Ali devant un tribunal tunisien s’est déroulée dans la plus grande confusion. Imed Trabelsi, qui comparaissait pour « consommation de stupéfiants », a été copieusement insulté dès son apparition dans le prétoire, encadré par des policiers encagoulés, en treillis et gilets pare-balles.

Incarcéré depuis la chute de Zine el-Abidine Ben Ali à la base militaire de l’Aouina, près de Tunis, cet homme détesté des Tunisiens parce qu’il symbolise le clan mafieux de l’ancien pouvoir fait figure de bouc émissaire pour tous les crimes commis avant la fin du régime. L’ambiance, à la limite de l’hystérie, était telle dans le tribunal, que le juge Lassad Chamakhi a décidé de reporter le procès au 7 mai prochain.

Dans la presse comme dans la rue, les Trabelsi sont qualifiés de « clan quasi mafieux » impliqué dans plusieurs affaires d’escroquerie. « Apparemment, la moitié du monde des affaires en Tunisie peut se prévaloir d’une connexion avec Ben Ali par le mariage [avec Leila Trabelsi] et bon nombre de ces relations auraient grandement profité de cette parenté. L’épouse de Ben Ali et sa famille élargie, les Trabelsi, sont ceux qui suscitent le plus la colère des Tunisiens », écrivait en juin 2008 l’ambassade des États-Unis à Tunis dans un télégramme diplomatique révélé par WikiLeaks.

Pour une justice "sans esprit de vengeance"

Pourtant, depuis des semaines, les juges et avocats tunisiens réclament une justice dépassionnée et dénuée de tout esprit de vengeance.

« Je suis contre toute forme de vengeance. L’un des principes de ce métier est de respecter le droit de tous les prévenus, loin des tensions et des surenchères et quels que soient leurs crimes », a indiqué Me Samir Ben Amor, également secrétaire général de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques. Il appelé ses collègues « à éviter ces pratiques pour enflammer le public ».

L’avocat d’Imed Trabelsi, Me Wissem Saïdi, qui s’est refusé à tout commentaire, a simplement déploré le fait d’être « traité comme un condamné du simple fait que je suis l’avocat d’Imed Trabelsi ».

Radhia Nasraoui, avocate et présidente de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie, qui s’est refusée à défendre les familles Trabelsi et Ben Ali parce qu’elle défend déjà « leurs victimes », a toutefois estimé : « On peut pas, sous prétexte que ces gens-là ont pillé le pays et commis des crimes crapuleux, les priver d’un procès équitable […]. Un avocat, c’est comme un médecin, il doit aider toute personne qui a besoin de lui. »

De son côté, Mokthar Trifi, avocat et président de la Ligue tunisienne de la défense des droits de l’homme (LTDH), est allé dans le même sens, ajoutant : « La dignité de chacun doit être préservée et nous sommes tous contre les traitements dégradants. Tout prévenu est innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée. » (avec AFP)

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