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Football : ce qui ne tourne pas rond dans le championnat algérien

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Le football algérien souffre de plusieurs maux.

Le football algérien souffre de plusieurs maux. © Reuters

En Algérie, les divisions 1 et 2 de football sont officiellement professionnelles depuis le début de la saison. Mais de vieux réflexes perdurent et les choses évoluent très lentement. Du coup, les présidents des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 ont encore une fois menacé de boycotter des journées de championnat. Explications.

Au mois de mars déjà, les présidents des clubs professionnels avaient brandi la menace d’une grève. Rebelote, le 20 avril, sans que cela constitue une énorme surprise. Réunis en Association nationale des présidents de clubs de football professionnel (ANPCFP), ils ont décidé, à la quasi-unanimité, que la 20e journée de Ligue 1 et la 22e de Ligue 2 n’auraient pas lieu, avant de revenir sur leur décision. « Cela fait trop longtemps qu’on se fait promener par les pouvoirs publics, qui ne tiennent pas leurs promesses », explique Boualem Tiab, le président de la JSM Bejaïa (Ligue 1).

Pourtant, Abdelhak Benchikha est optimiste. « Il faut être patient, le football algérien ne va pas devenir professionnel du jour au lendemain. Mais nous allons y arriver », a-t-il assuré à jeuneafrique.com. Une position qui paraît bien isolée dans le flot de critiques lancées par une majorité d’acteurs du football algérien. Mais les torts paraissent bien partagés.

Manque de volonté

Car si les objectifs dressés par la Fédération algérienne de football (FAF) et la Ligue nationale de football (LNF) sont clairs – réfection des stades vétustes, création de centres de formation, transparence de la comptabilité, déclarations fiscales et versement des salaires des joueurs par virement bancaire… -, la volonté pour les atteindre fait clairement défaut. Tant du côté des clubs que de l’État.

« Le cahier des charges est cohérent. Mais le problème, c’est que dans beaucoup de clubs, on continue comme avant », explique Alain Michel, qui a quitté le MC Alger le mois dernier. « À part à l’USM Alger, qui bénéficie de la puissance financière de son président Ali Haddad, ou à Bejaïa, les clubs n’ont pas encore vraiment changé leur mode de fonctionnement. Si on veut que les choses bougent, il faut que l’État manifeste une vraie volonté. On a l’impression que chacun bosse dans son coin. »

Problèmes des salaires

Boualem Tiab évoque une situation difficile dans la majorité des clubs de Division 1, y compris le sien. « La masse salariale représente généralement 80 % du budget, et tant que nous n’aurons pas réglé ces problèmes de salaires, nous n’avancerons pas. La solution serait peut-être de fixer un « salary cap », car il y a une véritable surenchère autour de la rémunération des joueurs. Et à Bejaïa comme presque partout ailleurs, les fins de mois sont parfois difficiles », explique Tiab. Certains clubs accusent déjà deux mois de retard dans le versement des salaires.

Refroidis par le manque d’implication étatique, les éventuels investisseurs hésitent à faire le grand saut dans le professionnalisme. Et les associations sportives restent actuellement majoritaires dans les sociétés constituées. Du coup, pour réaliser les investissements nécessaires, les clubs se tournent vers l’État.

« On nous a promis un prêt de 1 million d’euros remboursable sur quinze ans, notamment pour le financement des centres de formation. Mais l’État et la Fédération craignent que dans certains cas, cet argent s’évapore », reprend Boualem Tiab. Et les clubs ne peuvent pas compter non plus sur les recettes des guichets, souvent absorbées par les primes versées aux joueurs.

Autres sources de financement

Autre source de difficulté : les terrains destinés à accueillir les centres de formation – un des principaux volets du cahier des charges. Ils n’ont pour l’instant été accordés qu’avec parcimonie par l’État. « À Bejaïa, nous avons choisi un terrain agricole, mais c’est un processus long », explique Tiab.

Le modèle économique des clubs européens, qui ne semble pas exportable en Algérie, pourrait inciter les clubs à chercher de nouvelles sources de financement. Déjà, Sétif et la JS Kabylie semblent s’orienter vers des opérations immobilières. Mahfoud Kerbadj, le président controversé de l’association des présidents de clubs, a plusieurs fois déclaré à la presse qu’il ne trouvait pas « l’idée mauvaise ». Mais il réclame de la transparence et une attention toute particulière de la Fédération. Tout un programme…

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