Politique

Attentat de Marrakech : épargnés des accusations, les islamistes marocains s’interrogent

Un enquêteur dans le café Argana de Marrakech, le 30 avril 2011. © AFP

Fidèle à ses promesses de changement, Mohammed VI n’a pas pointé du doigt les islamistes marocains, au lendemain de l’attentat de Marrakech. Contrairement à 2003, lorsque des centaines d’entre eux avaient été arrêtés arbitrairement à la suite des attentats de Casablanca.

Moins d’une semaine après l’attentat qui a ensanglanté Marrakech, les islamistes marocains sont soulagés de ne pas avoir été victimes d’arrestations « à l’aveugle ». Car si l’explosion au café Argana, qui a fait 16 morts sur la place Jamaa el-Fna jeudi dernier, n’a pas encore été revendiquée, les enquêteurs privilégient désormais la piste d’Al-Qaïda, même si aucune arrestation n’a encore eu lieu officiellement et si toutes les hypothèses sont encore examinées.

« Il n’y a pas pour l’instant de réaction aveugle et c’est rassurant », reconnaît Nadia Yassine, du mouvement islamiste Justice et bienfaisance, l’un des plus importants au Maroc, interdit mais toléré par les autorités. Elle raconte en revanche les « coups de filet à l’aveuglette en 2003 », après les attaques kamikazes à Casablanca qui avaient fait 45 morts. « Ils avaient ramassé un peu tout le monde, dans les mosquées », dit-elle. À l’époque, des centaines d’islamistes avaient été placés derrière les barreaux.

Le politologue spécialiste de l’islamisme Mohamed Darif se félicite aussi qu’on n’ait « pas commis les erreurs des attentats de 2003 ». « Il y a eu cette campagne d’arrestations illégales et on a bien compris la leçon », estime-t-il.

"Un acte de folie"

La condamnation de l’attentat du 28 avril par les mouvements islamistes peut aussi expliquer l’attitude des autorités. L’acte terroriste a en effet été dénoncé par les islamistes du Parti pour la justice été le développement (PJD, opposition islamiste représentée au Parlement) et de Justice et bienfaisance, qui rejettent traditionnellement la violence.

Les salafistes, aussi, ont fait entendre leur voix : « C’est un acte de folie perpétré par des personnes qui ne croient à aucune religion », a déclaré dans les colonnes d’Aujourd’hui Le Maroc, le cheikh Mohamed Fizazi, qui a bénéficié de la grâce royale du 14 avril après avoir été condamné à 30 ans de prison suite aux attentats de Casablanca.

Dans une vidéo sur internet, de jeunes salafistes emprisonnés vont plus loin et affirment même être des « victimes » directes de cet attentat. Selon eux, l’acte visait à empêcher que la lumière soit faite sur les abus ayant suivi les attaques de 2003 et sur les emprisonnements nombreux qui s’en sont suivis.

« Les responsables de cet acte veulent que les prisonniers d’opinion restent en prison », estime Mohamed Fizazi. Des sources concordantes avancent qu’une nouvelle liste de prisonniers susceptibles de bénéficier d’une grâce royale était en préparation avant l’attentat.

Primauté à la loi et aux droits de l’homme

Quoi qu’il en soit, les mouvements islamistes saluent la dynamique progressiste dans laquelle s’est engagé le royaume. En plein printemps arabe, après des manifestations en faveur de changements politiques, le roi a annoncé en mars dernier des réformes constitutionnelles. Le 14 avril, il a libéré de nombreux détenus politiques, dont des islamistes.

Et le jour même de l’attentat de Marrakech, Mohammed VI a appelé à respecter « la primauté de la loi » et à œuvrer à « la préservation de la quiétude et de la sécurité des personnes et des biens ».

« Au début, on avait des craintes qu’il y ait un recul par rapport aux droits de l’homme mais je crois qu’elles ne sont plus de mise », affirme Sâad-Eddine Othmani, député et dirigeant du PJD. « Je crois qu’on est à un point de non-retour au Maroc et que plus personne n’acceptera des dépassements ou des arrestations injustifiées », poursuit-il. (avec AFP)

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