Droits de l’homme

Côte d’Ivoire : les avocats de Laurent Gbagbo refoulés à leur arrivée à Abidjan

Jacques Vergès (à dr.), le 3 avril à Paris avec un conseiller de Laurent Gbagbo.

Jacques Vergès (à dr.), le 3 avril à Paris avec un conseiller de Laurent Gbagbo. © AFP

Laurent Gbagbo devrait comparaître aujourd’hui pour la première fois devant la justice de Côte d’Ivoire. Mais deux sur trois de ses avocats, qui n’étaient pas en possession de documents valides selon les autorités, ont été refoulés à leur arrivée sur le territoire ivoirien.

À leur arrivée vendredi matin à l’aéroport d’Abidjan, les avocats français de Laurent Gbagbo, se sont vus refuser l’entrée en Côte d’Ivoire alors qu’ils étaient venus assister à la première audition de leur client devant la justice ivoirienne.

Près d’un mois après sa chute, l’ex-président comparaît aujourd’hui à Korhogo, où il est en résidence surveillée depuis le 13 avril. Le magistrat chargé de l’entendre dans le cadre d’une enquête préliminaire portant sur des accusations d’exactions, de concussion et d’appels à la haine est le procureur de la République d’Abidjan, Simplice Kouadio Koffi.

L’interrogatoire, qui devait originellement se tenir mercredi, avait été reporté à aujourd’hui afin que Laurent Gbagbo puisse être assisté de ses avocats, les Français Mes Marcel Ceccaldi, Jacques Vergès et la Franco-Camerounaise Lucie Bourthoumieux. Mais une fois de plus, leur absence risque de repousser l’audition de l’ex-président.

Pas de documents valables

À leur arrivée au terminal de débarquement, Mes Jacques Vergès et Marcel Ceccaldi se sont vus refuser l’accès au territoire ivoirien et ont été conduits en zone d’embarquement, où ils devaient reprendre le prochain avion pour Paris à 9 h 40 GMT.

« Manifestement, on ne veut pas que le président Gbagbo soit défendu. Je suis très pessimiste sur l’avenir d’un régime qui traite les avocats de cette manière », s’est insurgé Me Vergès. Son visa, délivré par le consulat de Nancy (est de la France) n’avait pas été validé par l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris, selon les autorités ivoiriennes de l’aéroport.

Même indignation pour Marcel Ceccaldi : « Les autorités se livrent à une palinodie de justice. Nous sommes expulsés contre toutes les règles. » Lui, pourtant, ne disposait pas de visa pour entrer en Côte d’Ivoire. « J’ai écrit un mail le 4 mai au procureur de la République d’Abidjan pour lui demander de favoriser notre entrée sur le territoire national ivoirien et nous sommes refoulés », a-t-il dit pour sa défense.

Enfin, Lucie Bourthoumieux, qui bénéficiait d’une carte de résident, a pu quant à elle passer les contrôles d’immigration mais devait tout de même repartir avec ses collègues.

Enquête limitée aux violences postélectorales

L’on en sait désormais un peu plus sur l’enquête préliminaire qui vise Laurent Gbagbo et quelque 200 de ses proches. Elle porte sur des faits commis lors des quatre mois qui ont suivi l’élection présidentielle du 28 novembre et des 15 jours de guerre civile qui se sont achevés avec l’arrestation du président déchu, le 11 avril.

Les violences qui ont secoué la Côte d’Ivoire ont fait près de 3 000 morts et entraîné le déplacement d’environ un million de personnes, selon le nouveau président Alassane Ouattara et plusieurs organisations humanitaires. Mais le champ d’investigation reste limité puisque Simplice Koffi ne pourra inclure dans son interrogatoire tous les crimes contre l’humanité présumés qui pourraient relever de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI). Mais le procureur de la CPI Luis Moreno Ocampo va ouvrir au plus vite une enquête concernant les massacres commis en Côte d’Ivoire.

Audition des caciques de l’ancien régime

Assistée des avocats du collectif de défense de son mari, Simone Gbagbo, doit également comparaître devant la justice, lors d’une audition prévue samedi à Odienné (nord-ouest), où elle est assignée à résidence depuis le 22 avril. Début avril, une fille de l’ex-Première dame, Marie-Antoinette Singleton, qui vit aux États-Unis avait saisi des avocats français, dont Me Vergès, pour étudier notamment la « légalité » de l’arrestation de ses parents.

Les avocats du collectif devraient aussi tenter de se rendre aux auditions des autres membres de l’ancien régime, placés en résidence surveillée dans différentes villes du pays, dont le chef du parti de M. Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan, à Katiola (nord), et d’autres qui se trouvent dans un hôtel d’Abidjan, La Nouvelle Pergola.

Trois experts internationaux indépendants sont déjà arrivés mercredi en Côte d’Ivoire, chargés par l’ONU d’enquêter sur les violations graves des droits de l’homme commises depuis la présidentielle. (Avec AFP)

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