Politique

Libye : l’Otan se défend d’avoir laissé des migrants périr en mer

Accusée par un journal britannique d’avoir laissé à la dérive un bateau de dizaines de migrants en pleine mer, l’Otan dément en bloc. Que s’est-il réellement passé fin mars au large de la Libye ?

Mis à jour le 9 mai 2011 à 20:19

Des immigrants africains en Libye, le 4 mai 2011. © Saeed Kahn / AFP

C’est le Guardian qui a lancé l’accusation dimanche. Dans un article, le quotidien britannique affirme que l’Otan, en dépit du droit maritime international, n’a pas porté assistance à un bateau à la dérive transportant 72 passagers, dont des femmes et de jeunes enfants.

« Le 29 ou le 30 mars, le bateau a approché un porte-avions de l’OTAN de si près qu’il aurait été impossible que ce dernier ne remarque pas l’embarcation ». Le Guardian indique « qu’il s’agit probablement du navire français le Charles-de-Gaulle, qui était en opération en mer Méditérranée pendant cette période ». Les survivants racontent qu’après avoir décollé du navire, deux avions les ont survolés à basse altitude alors que certains d’entre eux se tenaient debout, brandissant deux bébés affamés.

« À court de vivres, de carburant et sans moyens de contacter le continent, ils sont morts de faim et de soif les uns après les autres », écrit le Guardian. Partie de Tripoli pour l’île italienne de Lampedusa le 25 mars, l’embarcation a dérivé après être tombée en panne de moteur et s’est échouée sur les côtes libyennes, près de Misrata, le 10 avril. Sur les 72 passagers, onze seulement ont survécu, précise le quotidien.

L’Otan catégorique

Vigoureuse réaction de l’organisation atlantiste qui affirme, par la voix d’une de ses porte-paroles, Carmen Romero, avoir « pris connaissance d’un article de presse indiquant qu’un porte-avions de l’Otan a laissé périr en mer 61 migrants, le 29 ou le 30 mars, entre Tripoli et Lampedusa », en faisant allusion à l’enquête du Guardian.

« Un seul porte-avions était sous commandement de l’Otan à cette date, le navire italien Garibaldi, et il se trouvait à plus de 100 milles nautiques au large », a ajouté. « Par conséquent, toute déclaration affirmant qu’un porte-avions de l’Otan a repéré puis ignoré le navire en détresse est fausse », a-t-elle affirmé.

La porte-parole a rappelé que les bâtiments de l’Otan avaient déjà sauvé « des centaines de vies en mer » et souligné notamment que, dans la nuit du 26 au 27 mars, des navires de l’Otan avaient secouru au total plus de 500 personnes dont les bateaux étaient en difficulté au large de la Libye, au cours de deux opérations distinctes.

Manipulation ?

Le Guardian s’est-il laissé manipulé par les témoignages de survivants grâce auxquels il a reconstitué le récit du naufrage ? Ce sont en tout cas ses seules sources. Aucun pays n’a admis avoir établi un contact avec le bateau d’immigrants, indique le journal. Pourtant, les migrants affirment avoir d’abord contacté par téléphone satellitaire une association de défense des droits des réfugiés à Rome, qui aurait à son tour alerté les gardes-côtes italiens.

Puis un hélicoptère militaire aurait survolé l’embarcation qui se trouvait alors à environ 60 milles au large de Tripoli. « Les pilotes, qui portaient des uniformes militaires, ont lâché des bouteilles d’eau et des paquets de biscuits, ils ont fait signe aux passagers de maintenir leur position avant qu’un bateau de sauvetage ne les rejoigne. L’hélicoptère est parti et aucune aide n’est arrivée », écrit le quotidien. (avec AFP)