Politique

Présidentielle tchadienne : Idriss Déby Itno plébiscité à 88,66 %

Le président tchadien Idriss Déby Itno vient d’être réélu pour un quatrième mandat. L’opposition, qui n’a pas pris part au scrutin, dénonce le taux de participation annoncé, qu’elle juge loin de la réalité.

Mis à jour le 10 mai 2011 à 10:13

Le président tchadien Idriss Déby Itno, le 22 avril 2011 à N’Djamena. © AFP

Le chef de l’État sortant au Tchad, Idriss Déby Itno, a été réélu à sa propore succession, sans surprise, a-t-on appris lundi 9 mai.  Il a remporté 88,66 % des suffrages (2 504 069 voix) dès le premier tour du scrutin présidentiel, le 25 avril dernier. Une consultation populaire qu’avaient décidée de boycotter les trois principaux opposants, Saleh Kebzabo, Wadal Abdelkader Kamougué et Ngarlejy Yorongar.

Le ministre Albert Pahimi Padacké a lui obtenu 6,03 % des suffrages (170 188 voix) et l’opposant Nadji Madou 5,32 % (150 226 voix), a indiqué la Commission électorale (Ceni).

Le taux de participation, qui était le principal enjeu du scrutin, est de 64,22 %. Il y a eu 4 950 979 inscrits pour 3 179 325 votants, selon la Ceni. 355 111 bulletins étaient nuls, soit un suffrage exprimé de 2 824 215 votes.

Décès d’un des opposants

L’annonce de la réélection d’Idriss Déby Itno intervient au lendemain de la mort d’un opposant qui s’était retiré de la course : Wadal Abdelkader Kamougué, décédé des suites d’une maladie, à l’âge de 72 ans. Ancien président de l’Assemblée nationale et ex-ministre de la Défense, le général Kamougué, qui était surnommé « WAK », fut le leader de l’Union démocratique pour le renouveau (UDR).

L’entourage du président Déby n’a pas encore réagi à la victoire du président, arrivé au pouvoir par un coup de force en 1990 et qui briguait un quatrième mandat de 5 ans – après avoir été élu en 1996, puis réélu en 2001 et 2006. Il ne s’exprimera qu’une fois que le Conseil constitutionnel aura validé le scrutin.

Participation surévaluée ?

L’opposant Saleh Kebzabo a néanmoins qualifié ces résultats de « rigolade ». « Tous les Tchadiens savent qu’ils n’ont pas voté. Je ne m’attendais à rien. Il n’y a pas eu d’élection », a déclaré le leader de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR).

« Les chiffres [de la participation, NDLR] n’ont aucune valeur. Ils ont fait ce qu’ils ont voulu. Au mieux, même les observateurs les plus optimistes évaluaient la participation à 25 % », a-t-il ajouté.

L’élection présidentielle devait marquer le point d’orgue d’un processus de démocratisation du régime entamé avec l’accord du 13 août 2007 signé entre la majorité des partis d’opposition et le pouvoir. Mais l’accord signé un an après le boycott de la présidentielle de 2006 a débouché finalement sur un nouvel appel à l’abstention des principaux opposants, trois mois après les législatives du 13 février largement dominées par le Mouvement patriotique du salut (MPS) d’Idriss Déby Itno.

L’opposition a dénoncé ces résultats, parlant de « mascarade électorale », affirmant que les élections législatives avaient été marquées par des fraudes et des irrégularités, avant de suspendre leur participation à la présidentielle. Ils réclamaient notamment de nouvelles cartes d’électeurs.  (avec AFP)