Politique

Soudan: le Nord et le Sud encore dos à dos

Abyei en flammes, le 23 mai 2011. © Stuart Price/AFP

Pas de double nationalité pour les Soudanais du Sud. Et le président soudanais, Omar el-Béchir a fait savoir que ceux parmi eux qui veulent rester au Nord devront obtenir un permis de résidence.

« Il n’y aura pas de double nationalité. Les personnes qui souhaitent résider au Nord-Soudan devront obtenir un permis de résidence légal, faute de quoi, elles seront reconduites à la frontière du Sud », a déclaré mardi 24 mai à Khartoum le président du Nord-Soudan, Omar el-Béchir.

Le Sud-Soudan sera indépendant officiellement le 9 juillet 2011. À cette date, « il y aura une période transitoire qui permettra aux Sud-Soudanais de régulariser leur statut, après quoi ils seront expulsés vers le Sud », a averti El-Béchir devant une assemblée de professeurs soudanais.

El-Béchir "disposé à une nouvelle guerre"

Ces déclarations interviennent dans un contexte de fortes tensions entre le Nord et le Sud. Une tension qui est à son paroxysme dans la province d’Abyei, occupée depuis samedi par les forces du pouvoir nordiste, qui a réaffirmé mardi ses revendications territoriales sur cette région disputée avec les sudistes.

« Abyei est une terre soudanaise du Nord, nos forces armées ne se retireront pas de cette terre », a martelé le président El-Béchir. « En cas de provocation, j’ai donné le feu vert aux troupes pour y répondre », a-t-il ajouté tout en se disant « disposé à une nouvelle guerre ».

Les chars nordistes se sont déployés samedi à Abyei, en réponse à une attaque de l’Armée populaire de libération du Soudan sudiste (APLS) contre un convoi des Forces armées soudanaises nordistes (FAS) ayant provoqué la mort de 22 de leurs soldats. Ce déploiement est considéré comme une violation des accords de paix (CPA) qui avaient mis fin en 2005 à la guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan.

La région, riche en pétrole, est au cœur de rivalités tribales historiques et d’une lutte pour l’accès à l’eau. Lundi, la ville d’Abyei était en proie aux flammes et aux pillages, poussant près de 15 000 personnes à fuir vers le Sud.

Le ministre soudanais de la Défense, Abdelrahim Mohammed Hussein a affirmé : « Abyei restera une ville du Nord jusqu’à ce que la population décide de la situation par elle-même. » Il a ajouté que l’armée y resterait « jusqu’à ce qu’une décision politique soit prise ». La population d’Abyei devait choisir lors d’un référendum en janvier son rattachement au Nord ou au Sud, mais le scrutin a été reporté sine die. Les ex-rebelles sudistes et la tribu Dinka Ngok d’un côté, les Arabes nomades Misseriya et les nordistes de l’autre, n’avaient pas en effet réussi à s’entendre sur les titulaires du droit de vote lors de ces élections.

Réactions en chaîne

Les réactions internationales et locales ne se sont pas fait attendre. « Nous exigeons le retrait total, inconditionnel et immédiat des SAF d’Abyei », a déclaré l’ambassadeur des États-Unis auprès du Conseil de sécurité, Susan Rice.

À Bruxelles, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a jugé « crucial que les hostilités cessent immédiatement et que les forces nordistes se retirent d’Abyei pour éviter que le CPA [accord de paix de 2005] subisse un sérieux revers ».

Pour protester contre « les actes criminels à Abyei », un ministre sudiste dans le gouvernement d’union à Khartoum, Luka Biong, a démissionné. « Nous avions espéré que nous pourrions former deux États viables ayant de bonnes relations, mais Khartoum ne semble pas intéressé par la paix », a dit Biong, originaire de la région d’Abyei. (Avec agences)

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