Politique

Slim Amamou estime qu’il n’y a « absolument pas » de complot en Tunisie

L'ancien secrétaire d'État tunisien Slim Amamou, le 20 janvier, date de sa prise de fonction. © Nicolas Fauqué/imagesdetunisie.com

La société tunisienne a été "complètement corrompue par le régime de Ben Ali", estime Slim Amamou dans une interview. Il déplore que les théories "conspirationnistes" prospèrent parce que "le système de confiance ne marche pas". Le jeune secrétaire d’État démissionnaire considère néanmoins que l’organisation du ministère de l’Intérieur est un grave problème pour la Tunisie.

Héros de la révolution tunisienne, membre du gouvernement de transition, puis démissionnaire… Depuis le mois de janvier, Slim Amamou est au cœur de l’actualité en Tunisie. À la lumière de son expérience, il évalue la situation du pays, quatre mois et demi après la chute de Ben Ali, dans une interview au site français d’information Owni.

"Personne ne manipule le Premier ministre"

Premier constat : selon lui, la société tunisienne a été « complètement corrompue par le régime de Ben Ali », ce qui fait que « le système de confiance ne marche pas ». C’est pour cette raison, affirme-t-il, que les déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi (lequel avait prétendu que l’actuel gouvernement était manipulé et qu’un complot se préparait pour abattre la jeune démocratie tunisienne) ont été crues par de nombreux Tunisiens.

« Quelqu’un a essayé de faire croire que quelqu’un manipulait le Premier ministre [Béji Caïd Essebsi]. J’ai travaillé avec ce mec, je sais que c’est faux, insiste Slim Amamou. Bien sûr, il y a du lobbying, des intérêts, des groupes de pression. »

Le ministère de l’Intérieur "organisé comme Al-Qaïda"

Néanmoins, il confirme que les services de sécurité et de renseignement du ministère de l’Intérieur sont un « problème pour la Tunisie ». Ces services « se sont réorganisés d’une manière très étrange, comme une cellule terroriste de type Al-Qaïda, affirme-t-il. Apparemment, le seul lien qui les unit, c’est le téléphone portable, avec lequel ils entretiennent un rapport très particulier […] Le système est décentralisé et archaïque ».

« C’est le ministère de la force publique, et ils ont le pouvoir réel : même en nommant un ministre bien intentionné, il n’a pas les armes », assure-t-il. Son jugement du nouveau ministre, Habib Essid est toutefois positif : il « a prouvé son efficacité ». « Après les exactions de la police [contre des manifestants] il s’est excusé, pour la première fois dans l’histoire du ministère de l’Intérieur, relève Slim Amamou. Et le lendemain, il n’y a eu aucun débordement […] Je pense que la situation est sous contrôle. »

Les raisons d’une démission

Il bat aussi en brèche la rumeur selon laquelle il aurait démissionné pour les mêmes raisons que Farhat Rajhi, et donne sa version de l’histoire. Les « déclarations conspirationnistes de Farhat Rajhi […] ont déclenché des émeutes dans la rue, rappelle-t-il. Des manifestations ont été réprimées très violemment par la police à Tunis, des journalistes ont été tabassés ». C’est à la suite de cet évènement qu’il dit avoir pris la décision de présenter sa démission au président Fouad Mebazaa, lequel aurait refusé.

« Mon problème, c’est que la situation était très grave. Les gens dans la rue exigeaient la chute du gouvernement, ce qui impliquait que les élections soient retardées, ce que je ne voulais absolument pas. »

Slim Amamou aurait alors confirmé sa décision en laissant un délai au président. Comme la rumeur allait bon train sur internet, il a préféré annoncer lui-même sa décision sur Twitter.

Sur son avenir, Slim Amamou reste flou mais n’abandonne pas la politique. « Je vais essayer de travailler avec des partis politiques pour pousser mes idées dans l’optique de la Constituante », a-t-il déclaré.

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