Politique

Constituante tunisienne : à la poursuite d’un scrutin clair…

| Par Jeune Afrique
Le président de la commission électorale tunisienne, Kamel Jendoubi, en conférence de presse.

Le président de la commission électorale tunisienne, Kamel Jendoubi, en conférence de presse. © AFP

La plus grande confusion règne en Tunisie au sujet de l’élection de l’Assemblée constituante, prévue pour le 24 juillet. Si la plupart des partis se disent prêts à un report – sauf les islamistes d’Ennahdha -, tout le monde se divise sur la nouvelle date à retenir. Le gouvernement doit tenir une réunion cruciale à ce sujet mercredi.

À moins de deux mois de la date prévue pour le scrutin, toujours pas de certitude quant à ce premier grand rendez-vous démocratique de la Tunisie post-Ben Ali. Report ou pas report ? La classe politique est plus divisée que jamais sur la date de l’élection de la Constituante, fixée au 24 juillet. D’où une certaine inquiétude de la population sur la capacité de ses dirigeants à mettre un pied devant l’autre.

Mercredi 8 juin, le gouvernement de transition doit tenir une réunion avec les partis politiques pour tenter d’établir un compromis sur la date du scrutin. « On va probablement s’entendre », a assuré un membre de la commission électorale. À condition que chacun y mette du sien, bien-sûr…

Cacophonie

Car le débat sur la date de la Constituante donne lieu à une véritable cacophonie depuis quelques semaines en Tunisie. Contre l’avis initial du gouvernement et de certains partis, la commission électorale a exigé un report du 24 juillet au 16 octobre, mettant en avant des questions techniques et logistiques qui ne lui permettraient pas d’assurer un scrutin crédible et transparent avant cette date.

Mais le président de la commission, Kamel Jendoubi, a semblé revenir sur sa position, en reconnaissant la semaine dernière qu’il devrait être possible de fixer « une nouvelle date » en guise de compromis. Peut-être en septembre ? Le gouvernement tunisien, d’abord hostile à un refus, insiste désormais sur la nécessité d’atteindre un consensus avec les formations politiques. Mais c’est là que le bât blesse.

Devenus pléthoriques depuis la révolution, les partis politiques ont plus que du mal à s’entendre. Certains, comme Ettajdid (ex-parti communiste), se sont rangés à l’idée d’un report, pour obtenir des résultats incontestables. Mais le Parti démocratique progressiste (PDP), s’il n’exclut pas d’accepter un scrutin en octobre, rejette une date en septembre, trop proche selon lui de la rentrée et de la fin du ramadan.

D’autres suggèrent enfin de sauter l’étape de la Constituante afin d’organiser directement une élection présidentielle ou de soumettre des projets de Constitution à un référendum.

Soupçons de complot

Viennent ensuite les soupçons de complot, qui ne facilitent pas le travail ni la confiance entre les partis. L’influent mouvement islamiste Ennahdha (Renaissance) insiste sur la date du 24 juillet car il craint que sa popularité ne s’effrite ou que des manœuvres des autres formations politiques ne lui fassent perdre des voix. Le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a encore une fois dénoncé lundi la volonté de la commission de reporter les élections « d’une manière unilatérale », et n’exclut pas l’existence d’un « complot visant à empêcher les Tunisiens d’aller aux urnes ».

« Nous entendons de plus en plus parler de l’idée d’exclure l’élection d’une Assemblée constituante, et nous n’excluons pas que d’autres scénarios alternatifs poussent à abandonner les prochaines élections », a-t-il ajouté, à l’occasion du 30e anniversaire de son mouvement.

Chômage et désespoir

De l’avis de nombreux observateurs, le sort de la transition démocratique tunisienne est en jeu. « La date du 24 juillet n’est pas tenable, l’élection sera repoussée », pronostique un diplomate occidental à Tunis. Mais « si un parti important comme Ennahdha ou le PDP expriment une opinion négative sur le report, cela risque de provoquer des troubles », prévient-il.

Autre problème : la cocotte minute sociale. « Personne ne parle des jeunes chômeurs, des démunis, du désespoir, de la pauvreté. À l’inverse, tous les débats se concentrent sur les dates du 24 juillet et du 16 octobre », se désole l’universitaire Sonia el-Kadhi dans la presse tunisienne, en dénonçant « un sentiment largement partagé que tout bouge pour que rien ne bouge ». (avec AFP)

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