Société

Autonomiser les femmes africaines pour élever les leaders de demain

Mis à jour le 21 juin 2011 à 18:32
Sylvia Bongo Ondimba

Par Sylvia Bongo Ondimba

Ce jeudi 23 juin 2011, le monde célébrera pour la première fois une Journée internationale de la veuve. À cette occasion, Sylvia Bongo Ondimba*, première dame du Gabon et présidente de la fondation éponyme, dénonce les violences subies par les femmes africaines. Un mal qui freine le développement du continent.

La jeunesse de la population africaine constitue le principal atout du continent, l’élément clé d’un développement dynamique et la source potentielle de nouvelles innovations. On estime que 60 % de la population africaine est âgée de moins de 30 ans, ce qui fait de l’Afrique le plus jeune continent au monde. Il est donc en mesure de tirer les profits d’une trajectoire démographique qui, à elle seule, peut changer la donne, puisque tous les ans, des centaines de millions de jeunes gens porteurs d’ambitions et d’espérances atteignent l’âge de travailler.

Néanmoins, cet énorme potentiel lié à une démographie avantageuse restera inexploité si les leaders africains ne parviennent pas à concevoir des politiques intelligentes et durables pour surmonter les défis posés au continent. Notre jeunesse est en plein essor et doit être en bonne santé, instruite et capable de travailler. Elle manifeste de plus en plus son désir de s’impliquer et d’influencer son avenir.

Nous devons reconnaître que notre jeunesse joue un rôle déterminant pour le développement de nos pays. C’est elle qui va déterminer l’avenir de notre continent, et cet avenir ne sera brillant que si nous arrivons à tirer profit de son énergie et à l’orienter de façon positive.

L’Union africaine a parfaitement compris la nécessité et l’urgence de répondre à cette situation démographique en adoptant pour thème de son prochain sommet qui s’ouvre jeudi 23 juin 2011, à Malabo : « Accélérer l’autonomisation de la jeunesse pour un développement durable ». 

Je suis persuadée que la manière la plus efficace d’accompagner la jeunesse, pour lui permettre de participer au développement durable de notre continent, est de protéger et d’autonomiser les femmes africaines, leurs mères, afin que celles-ci, quelle que soit leur situation sociale et économique, puissent prendre soin de leurs enfants et leur offrir les meilleures chances de réussite sociale et professionnelle.

L’autonomisation des femmes est l’une des mesures les plus importantes que puissent prendre les gouvernements et les sociétés. En permettant aux femmes d’acquérir des connaissances, on permet à leurs enfants de bénéficier d’une meilleure éducation. En donnant du travail aux femmes, on contribue directement à la croissance de l’économie. Enfin, en assurant la promotion des droits et de l’égalité des femmes, les nations gagnent en justice et en équité au profit du développement d’une société unie et solidaire. Les études faites par le Forum pour le partenariat avec l’Afrique ont montré que si les femmes avaient bénéficié de plus d’instruction et d’emploi, les économies africaines auraient doublé au cours des trente dernières années.

Les femmes sont des atouts précieux, quel que soit leur âge, leur catégorie sociale ou leur statut marital. L’un des sujets qui me tient particulièrement à cœur est celui des veuves car il est la source d’un grand nombre de violences et de discriminations à l’encontre des femmes. Après avoir été chassées de leur domicile et spoliées de tous leurs biens, elles doivent redoubler de courage et d’énergie pour, non seulement surmonter la perte de leur conjoint mais aussi continuer à subvenir aux besoins de leurs enfants.

Permettez-moi de mettre en question un certain nombre d’idées reçues. Lorsque je parle des 245 millions de veuves dans le monde, je ne parle pas de femmes âgées. Dans le monde entier, les veuves sont souvent des femmes en pleine force de l’âge, des jeunes femmes qui se retrouvent être le seul soutien de leurs enfants, seules responsables de leurs besoins en hébergement, nourriture, instruction et bien-être.

Ces femmes ne bénéficient pas partout de la protection des lois et sont souvent victimes de pratiques culturelles dégradantes. Parfois illettrées, elles sont souvent incapables de gagner leur vie et, par conséquent, elles sont plongées dans la misère et exposées à diverses formes de violence.

Dans le monde entier, plus de 500 millions d’enfants de veuves vivent dans un environnement hostile et plus de 1,5 million de ces enfants décèdent avant l’âge de 5 ans. La pauvreté des veuves, qui prive leurs enfants d’espérance, d’éducation, et d’opportunités futures, a un impact direct sur l’ensemble de la société. Or il s’agit d’une crise humanitaire silencieuse.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale des veuves, nous devons réfléchir à ce que nous pouvons faire pour que les femmes aient les moyens d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

En soutenant les veuves, nous contribuons également à l’atteinte de six des huit Objectifs du millénaire pour le développement (ces OMD sont la réduction de la pauvreté, l’éducation primaire pour tous, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, la santé maternelle et la lutte contre le VIH/sida).

L’effet positif de l’autonomisation des femmes est particulièrement visible sur le bien être de leurs enfants : pour chaque année scolaire suivie par une femme, on constate une réduction de 10 % des chances que son enfant décède en bas âge. Son salaire augmente d’au moins 15 % si elle est éduquée, et, si elle parvient à gérer le budget familial, les chances de survie de son enfant au delà des premières années de la vie augmentent de 20 %.

Ces statistiques sont révélatrices de l’importance de permettre aux familles de se soutenir les unes les autres. Je suis persuadée que la famille est le socle de toute société saine et stable. Soutenir les veuves renforce le tissu humain des sociétés et permet aux familles de rester unies, même après le décès d’un être cher. Des millions de jeunes Africains vivent dans un cadre familial déstructuré pour de nombreuses raisons liées aux conflits armés, aux catastrophes naturelles ou à la pauvreté ; une des meilleures façons de les aider est d’abord d’aider leurs mères.  

Il nous reste peu de temps avant 2015, date fixée pour l’atteinte des OMD. Il nous faut donc initier un nouveau dialogue à l’échelle mondiale sur les femmes, les veuves et l’avenir de la jeunesse. C’est l’objet de la conférence organisée aux Nations unies par l’ONU Femmes et la République gabonaise à l’occasion de la 1ère Journée internationale des veuves.

J’espère que cette journée permettra de nouer de nouveaux partenariats constructifs et innovants pour relever les nombreux défis sociaux que nous partageons et pour permettre aux personnes les plus vulnérables d’être pleinement associées au développement de nos pays.

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* Première dame du Gabon et présidente de la Fondation Sylvia Bongo Ondimba « Pour la Famille ».