Justice

Procès Ben Ali : premier acte ou justice expéditive ?

| Par Jeune Afrique
Le juge Touhami Hafi qui préside le procès de l’ex président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali.

Le juge Touhami Hafi qui préside le procès de l'ex président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. © AFP

Cinq mois après avoir été chassés du pouvoir, l’ex-président Ben Ali et son épouse ont été condamnés par la justice tunisienne à 35 ans de prison. Une condamnation rapide, parfois qualifiée d’expéditive.  

À l’issue d’une seule journée de procès et de six heures de délibérations, la justice tunisienne a scellé le sort de Zine el-Abidine Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi. Le couple a été condamné par contumace à 35 ans de prison et à 91 millions de dinars (45 millions d’euros) pour détournement de fonds publics. Réfugiés en Arabie saoudite, où les autorités n’ont donné aucune information sur une éventuelle extradition, les Ben Ali échappent jusqu’à présent à cette condamnation.

"La cour doit rendre son jugement le jour même"

Pour Mouhieddine Cherbib du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) « c’est une grande déception, une mascarade de justice expéditive à laquelle la dictature nous avait habitués ».

De son côté, l’avocat libanais de l’ex-couple présidentiel, Akram Azoury a qualifié de « plaisanterie » le jugement rendu lundi soir. Ce dernier estime qu’il bafoue « les principes d’équité ». Interrogé par l’AFP, l’avocat tunisien Chawki Tabib a expliqué qu’au contraire il n’y avait là rien d’anormal. « Le code tunisien de procédure pénale stipule qu’en matière d’assises la cour doit rendre son jugement le jour même », souligne-t-il.

"Un acompte de 35 ans chacun"

Pour Kemais Ksila, secrétaire général de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), il s’agit d’un « démarrage » du processus judiciaire. « Cela va durer. Nous en sommes à la première instance et il y a des recours. » Il faut « donner du temps à la justice », ajoute-t-il.

Un point de vue partagé par le quotidien tunisien La Presse qui titrait mardi : « un acompte de 35 ans chacun » pour le clan Ben Ali. Ce dernier fait l’objet de plusieurs actions en justice, dont certaines devant des juridictions militaires. Les homicides commis pendant la répression de la révolte populaire qui a conduit au départ du dirigeant, le 14 janvier dernier, y seront jugés.

Interview vidéo d’Alia Chérif Chammari, avocate et membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.

"Il fallait donner un os"

Interrogée par l’AFP , Khadija Mohsen-Finan, chercheuse spécialiste du Maghreb à l’université de Paris VIII, explique qu’« il était nécessaire [pour les nouvelles autorités] de condamner Ben Ali pour donner quelque chose à la population ». « Il fallait donner un os pour dire qu’on était toujours dans la logique révolutionnaire. Mais il aurait fallu se donner les moyens de réussir ce procès, ce qui n’a pas été fait », poursuit-elle en estimant que les autorités « avaient raté le coche ».

Un point de vue partagé par Béatrice Hibou, directrice de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Paris, qui qualifie le procès de « mascarade pour montrer qu’on fait quelque chose ». Selon la chercheuse, « la Tunisie est dans un rapport de forces entre le mouvement social et le système qui veut continuer, débarrassé des formes aggravées de prédation et de répression » .

Le prochain rendez-vous des Ben Ali avec la justice tunisienne aura lieu le 30 juin. Le tribunal rendra sa décision sur une seconde affaire. L’ex-président y est accusé de détention d’armes et de stupéfiants, retrouvés dans le palais de Carthage. (Avec AFP)

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