Politique

Égypte : l’ancien président du Sénat responsable de l’attaque des chameaux

Le 2 février la place Tahrir, alors en pleine agitation révolutionnaire, était investie par des hommes armés, montés à dos de chameau et à cheval. Les noms des responsables de l’attaque ont été révélés jeudi.

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Mis à jour le 15 juillet 2011 à 16:25

Les partisans de Moubarak marchant sur les manifestants de la place Tahrir, le 2 février au Caire. © Miguel Medina/AFP

La commission chargée d’enquêter sur les évènements de la journée du 2 février, l’une des plus violentes du soulèvement, a déterminé que Safouat el-Chérif, secrétaire général du Parti National Démocrate (PND), le parti présidentiel, et président du Sénat égyptien, était le cerveau d’une vaste opération visant à briser la contestation ce jour-là. C’est lui qui a proposé de lancer des chameaux et des chevaux contre les manifestants de la place el-Tahrir.

Safouat el-Chérif  « a contacté des parlementaires, des membres du parti national démocrate et des financiers du parti pour les convaincre de faire disperser les manifestants de Tahrir par la force et la violence » expliquent les enquêteurs cités par l’agence officielle Mena.

Des "gros bras" recrutés

L’ancien proche du président Moubarak a même plaidé pour « que l’on tue les manifestants s’il le fallait ». Sont également mis en cause par les enquêteurs, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Fathi Sourour, ainsi que l’ex-ministre du Travail, Aïcha Abdel Hadi.

D’après ONtv, une chaîne de télévision égyptienne indépendante, l’enquête a révélée que les attaquants avaient été recrutés parmi les forces de sécurité égyptiennes ainsi qu’au sein des baltaguiyas, ces «gros bras » utilisés par l’ancien régime pour semer le trouble lors des élections législatives.

Rémunérés entre 5 et 50 euros, les baltaguiyas étaient chargés ce jour-là d’attaquer la foule à coups de pierres et de barres de fer. Des témoins cités par l’enquête ont également confirmé la présence de snipers postés sur les toits des immeubles de la place pour tirer sur la foule des manifestants.

Le jour le plus long

Le 2 février est considéré comme le jour « le plus noir » de la révolution égyptienne. Cette journée a été marquée par de véritables batailles rangées qui n’ont pourtant pas réussi à déloger les militants anti-régime.

Dans l’après-midi, à la surprise générale, des hommes montant des chevaux et des chameaux ont attaqué les manifestants. Ils ont été rapidement encerclés par la foule, désarçonnés et battus tandis que leurs montures s’enfuyaient.

Les soulèvements de Janvier-février, qui ont abouti à la chute du président, ont fait en 18 jours près de 850 morts et plus de 6000 blessés, selon des chiffres officiels.

Hosni Moubarak, président déchu, serait complice des violences meurtrières exercées à l’encontre des manifestants. L’homme dont le procès doit commencer le 3 août, aurait selon la presse égyptienne démenti auprès des enquêteurs toute responsabilité personnelle dans la mort des manifestants. (Avec AFP)