Défense

Guinée : consternation et inquiétude à Conakry après l’attentat manqué contre le président Condé

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Des gardes républicains en patrouille dans une rue de Conakry, le 19 juillet 2011 en Guinée.

Des gardes républicains en patrouille dans une rue de Conakry, le 19 juillet 2011 en Guinée. © AFP

Au lendemain de l’attaque de la résidence privée du président Alpha Condé, dont celui-ci est sorti indemne avec ses proches, la capitale guinéenne craint de nouveau de basculer dans l’instabilité caractéristique de ces dernières années. Selon les autorités, plusieurs « responsables » de l’attentat ont été arrêtés. Mais de nombreuses questions demeurent en suspens.

Après l’attaque à l’arme lourde contre la résidence privée du président Alpha Condé (voir photo ci-dessous), dans la nuit du 18 au 19 juillet à Kipé, la stupeur a rapidement cédé la place à l’incrédulité en Guinée. « Il y a des problèmes en Guinée. La vie est chère. Nous manquons d’eau et d’électricité. L’opposition et le pouvoir ne sont d’accord sur rien. Mais personne ne s’attendait à un attentat contre le chef de l’État », expliquait mardi un conakrika contacté par jeuneafrique.com.

En fin de journée, la capitale guinéenne était toujours quadrillée par l’armée, alors qu’en début d’après-midi, de nouveaux échanges de tirs avaient été entendus pendant que des militaires tentaient de débusquer des assaillants retranchés.

"Deux principaux dirigeants arrêtés"

Un membre de la garde présidentielle a été tué dans l’attaque et deux autres blessés. Aucun nouveau bilan n’était disponible dans la soirée, et le nombre total de personnes interpellées restait inconnu. « L’enquête continue (…). Les deux principaux dirigeants ont été arrêtés », a déclaré le dirigeant guinéen dans une interview à RFI, sans plus de précision.

Seule certitude, le général Nouhou Thiam, ex-chef d’état major général des forces armée (avril à décembre 2010) figure au nombre des personnes interpellées. Cet officier de culture peule originaire de Dinguinraye est réputé proche de l’ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté.

Soupçonné de comploter contre le régime, Thiam avait déjà été détenu pendant une dizaine de jours fin janvier 2011. Il entretenait aussi des relations extrêmement tendues avec le général Aboubacar Sidiki Camara dit Idi Amin, l’actuel directeur de cabinet du ministère de la Défense (occupé par le président Condé lui-même). Celui-ci avait été l’adjoint de Thiam quand il était chef des armées avant d’être limogé en novembre 2010 par Konaté lui même pour « insubordination et insolence ».

L’entourage de Dadis ?

Selon des observateurs, les commanditaires de l’attentat pourraient aussi se trouver chez les partisans du capitaine Moussa Dadis Camara. Ceux-ci réclament le retour de l’ex-chef de la junte au pays et sont mécontents de l’arrestation, début juillet, du colonel Moussa Keita, un de ses fervents défenseurs.

Peut-être faut-il chercher aussi du côté des officiers soussous mis à l’écart après la mort du président Lansana Conté. Dans tous les cas, les frustrations liées aux inégalités de traitement et les divisions ethniques minent l’armée à tel point qu’il n’est pas interdit de penser que, finalement, n’importe quel groupe isolé aurait pu vouloir s’en prendre à Alpha Condé.

Si, à ce stade, aucune piste ne peut encore être privilégiée, beaucoup d’opposants craignent que l’attentat – la « tentative d’assassinat », selon les mots de Condé lui-même – ne serve de prétexte à une chasse aux sorcières, y compris parmi les civils.

Au cours des dernières semaines, les autorités ont souvent accusés les opposants – sans donner de nom – de tenter par tous les moyens de déstabiliser le pays, tout en menaçant de les « mater ». Hostile à la reprise du recensement des électeurs avant les élections législatives prévues fin novembre, l’opposition menaçait de descendre dans la rue. Mais elle a aussi vivement condamné l’attentat et rappelé la nécessité de multiplier les efforts pour asseoir une véritable démocratie en Guinée. Cellou Dalein Diallo, chef de l’opposition, a qualifié l’attaque de « déplorable » et a souhaité « qu’elle n’affecte pas l’unité de la nation, le processus démocratique et le tissu social déjà fragilisés ».

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