Politique

À Dakar, démonstration de force pour Wade, manifestation dans le calme pour l’opposition

Une manifestation de l’opposition et de la société civile s’est tenue samedi à Dakar pour réclamer le retrait de la candidature d’Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle sénégalaise. Le parti au pouvoir a répondu par un rassemblement monstre de plusieurs centaines de milliers de personnes.

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Mis à jour le 24 juillet 2011 à 12:08

Abdoulaye Wade, meeting du PDS, 23 juillet 2011, à Dakar. © Jules Domingo

Un mois après les émeutes des 23 et 27 juin, les partisans du Mouvement du 23 juin (regroupant l’opposition et la société civile) et du parti au pouvoir ont manifesté samedi à Dakar.

Les premiers ont repris leur mot d’ordre, à savoir le retrait de la candidature d’Abdoulaye Wade à la prochaine élection présidentielle. Les seconds ont tenu un meeting, le premier depuis les violentes manifestations de fin juin. Deux rassemblements finalement calmes, en dépit des craintes de débordement exprimées plusieurs jours auparavant.

"Nous aurons la force faire partir Wade"

Interdite dans le centre-ville par crainte de débordements, la manifestation du Mouvement du 23 juin s’est déroulée dans le quartier populaire de Colobane.

Plusieurs milliers de personnes (50 000 selon les organisateurs) se sont rassemblées devant une scène installée place de l’Obélisque. Toute la matinée, les organisateurs ont diffusé des chansons de Xuman, de Didier Awadi et de Tiken Jah Fakoly, aux sons de  « quitte le pouvoir » et « revolution time ». « Non à un troisième mandat » ou « Touche pas à ma Constitution » pouvait-on lire sur les t-shirt. Sur le côté de la scène, à l’ombre d’un arbre, un vieux monsieur en boubou bleu porte un écriteau : « Nous voulons la vérité pour le peuple et pour l’Afrique. Nous voulons plus de respect ». Il explique être venu manifester car « au Sénégal il n’y a plus de démocratie, le président fait ce qu’il veut avec sa famille et son parti, il prend des milliards de francs CFA ».

« Nous sommes prêts à faire le sacrifice de l’accompagner [Abdoulaye Wade] jusqu’à la fin de son mandat s’il ne se représente pas. Si non, nous aurons la force de le faire partir », a lancé Amath Dansokho, secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail. Peu après, ce sont les rappeurs de Y’en a marre qui entonnent « ma carte est mon arme ». Dans la foule, des hommes brandissent alors leur carte électorale.

À quelques kilomètres de là, des centaines de bus venant de tout le pays déversaient des militants du Parti démocratique sénégalais (PDS), le parti au pouvoir, depuis le début de l’après-midi. Souvent habillés de bleu et jaune, la couleur du parti, des centaines de milliers de personnes (un million d’après le PDS) se sont ainsi rassemblées devant la maison du chef religieux Cheikh Bethio Thioune, où la tribune présidentielle était installée.

« Abdoulaye Wade est notre candidat. Nulle part dans la constitution n’est inscrit qu’il y ait une limite d’âge pour se présenter. L’opposition a peur de sa candidature, c’est pour ça qu’elle s’acharne sur lui », explique Youssef Sané, militant de l’Union des jeunesses travaillistes et libérales (UJTL, affiliée au PDS). A côté de lui, une jeune militante ajoute : « à sept mois de l’élection présidentielle, il n’y a même pas de candidat de l’opposition ».

"Je vais maintenir Ousmane Ngom"

Peu avant 18h30, le président sénégalais, vêtu d’un large boubou bleu, s’est exprimé devant ses militants. Après avoir longuement remercié les chefs religieux du pays, il a répondu à l’opposition qui demande la démission du ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom. « Je dis à l’opposition que je vais changer Ousmane Ngom ». Devant la foule qui lui crie « non », il ajoute : « je constate que le peuple n’est pas d’accord. Je vais maintenir Ousmane Ngom mais je vais lui enlever l’organisation des élections ». En fin de discours, le président s’est félicité que les deux manifestations se soient déroulées dans le calme, alors que le pays craignait de nouvelles violences. « Le Sénégal vient de montrer que c’est un grand pays », a-t-il lancé.

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Aurélie Fontaine, à Dakar