Politique

Affaire DSK: la femme de chambre s’exprime pour la première fois

Nafissatou Diallo, la femme de chambre de l’hôtel Sofitel qui accuse l’ancien président du Fonds monétaire international d’agression sexuelle, s’est exprimée publiquement pour la première fois depuis le début de l’affaire. Déterminée, elle dit vouloir que Dominique Strauss-Kahn « aille en prison ».

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Mis à jour le 25 juillet 2011 à 16:37

L’accusatrice de l’ancien patron du FMI a parlé pour la première fois dimanche soir. © HO/Reuters

Plus de deux mois après l’arrestation de l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) et à une semaine d’une nouvelle audience de ce dernier au tribunal (le 1er août), Nafissatou Diallo a rompu le silence. La femme de chambre du Sofitel, qui accuse Dominique Strauss-Kahn (DSK) de tentative de viol, a livré sa version des faits dans une longue interview au magazine américain Newsweek et dans un entretien à ABC News.

C’est une femme déterminée qui s’est présentée devant les médias américains. « À cause de lui, on me traite de prostituée », a déclaré Nafissatou Diallo au magazine Newsweek. « Je veux qu’il aille en prison. Je veux qu’il sache qu’il y a des endroits où on ne peut pas utiliser son pouvoir, où on ne peut pas utiliser son argent », a-t-elle dit.

La femme de chambre de 32 ans, originaire de Guinée, retrace dans cet entretien les événements de la journée du 14 mai. Elle affirme que l’ancien directeur du FMI lui est apparu comme un « homme fou » et l’a attaquée alors qu’elle entrait dans la fameuse suite 2806 pour vérifier qu’elle était libre et pouvait être nettoyée.

Nafissatou Diallo raconte ensuite au magazine le détail de l’agression. D’après elle, DSK la jette sur le lit, et tente de la forcer à lui faire une fellation. Elle dit alors résister : « Je le pousse. Je me lève. Je voulais lui faire peur. J’ai dit  »Regardez, il y a mon chef juste à côté ». » Mais l’ancien patron du FMI lui aurait alors répondu que personne ne pouvait l’entendre. Elle continue à le repousser, mais « ne [veut] pas lui faire mal » : « Je ne veux pas perdre mon travail », explique-t-elle.

La femme de chambre dit que DSK l’entraîne ensuite vers la salle de bains avant d’essayer de nouveau de la forcer à lui faire une fellation. « Il bougeait et faisait du bruit, comme "uhh, uhh, uhh" », « il disait "suce ma" – je ne veux pas le dire – ».

"Je ne voulais pas perdre mon travail"

La jeune femme parvient à s’échapper. « J’ai couru. J’ai couru hors de la suite. Je ne me suis pas retournée. J’ai couru dans le couloir. J’étais si nerveuse, si effrayée. Je ne voulais pas perdre mon travail », raconte-t-elle. Elle dit avoir ensuite vu l’ancien directeur du FMI sortir de la suite 2806 et se diriger vers les ascenseurs : « Je ne sais pas comment il s’est habillé si vite. » Nafissatou Diallo précise qu’il l’a regardée, mais « n’a rien dit ».

Ensuite, la femme de chambre dit être allée chercher son chariot de nettoyage resté dans une autre chambre, la n°2820, avant de revenir dans la suite 2806 pour reprendre son travail, sans y parvenir.

Ce dernier point est l’un de ceux sur lesquels son témoignage a été mis en doute. Dans les premières semaines de l’enquête, elle avait déclaré qu’elle était restée cachée dans le couloir après l’agression. Mais le 30 juin, le bureau du procureur signalait dans une lettre adressée aux avocats de Strauss-Kahn que « la plaignante a reconnu depuis que son récit était erroné et qu’après l’incident dans la suite 2806, elle avait nettoyé une chambre voisine puis était retournée dans la suite [2806] avant de rapporter l’incident à son supérieur ».

Une intervention stratégique

Cette interview est un tournant dans l’affaire DSK. Elle intervient au moment où les autorités judiciaires étudient la possibilité d’abandonner les charges contre Dominique Strauss-Kahn, alors que la crédibilité de son accusatrice a été considérablement ébranlée ces dernières semaines.

La femme de chambre a donc décidé de se « montrer en public ». « Je le dois, pour moi-même, je dois dire la vérité », explique Nafissatou Diallo dans son entretien à ABC News. La Guinéenne reconnaît avoir commis des « erreurs », mais elle estime qu’elles ne doivent pas empêcher l’accusation de poursuivre son travail.

Les avocats de Dominique Strauss-Kahn n’ont pas tardé à réagir à cette offensive médiatique. « Elle est la première accusatrice de l’histoire à mener une campagne médiatique pour persuader un procureur de maintenir les charges contre une personne auprès de qui elle espère obtenir de l’argent », ont déclaré Benjamin Brafman et William Taylor dans un communiqué.

« Ses avocats et ses consultants en relations publiques ont orchestré un nombre sans précédent d’événements et de rassemblements médiatiques pour faire pression sur les procureurs dans cette affaire après qu’elle a dû admettre ses efforts extraordinaires pour les induire en erreur », ont-ils ajouté.

(Avec agences)