Environnement

Nigeria : la pollution nécessiterait « la plus vaste opération de nettoyage jamais réalisée au monde »

| Par Jeune Afrique
Un rivage souillé par du pétrole dans le delta du Niger en juin 2010.

Un rivage souillé par du pétrole dans le delta du Niger en juin 2010. © AFP

L’ampleur de la pollution pétrolière dans le sud du Nigeria pourrait nécessiter « la plus vaste opération de nettoyage jamais réalisé au monde » a estimé l’ONU dans un rapport rendu public le jeudi 4 août à Abuja.

Après deux ans d’évaluation du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’ONU a rendu son rapport sur l’étendue et l’impact de la pollution dans l’Ogoniland, la région pétrolière du Nigeria, premier producteur de brut d’Afrique.

Et le bilan est catastrophique. « La restauration environnementale de l’Ogoniland pourrait bien être l’exercice de nettoyage de pétrole le plus vaste et le plus long jamais réalisé dans le monde si l’on veut ramener à un état entièrement sain l’eau potable, les sols, les criques et les écosystèmes importants tels que les mangroves, qui sont contaminés », rapporte le communiqué du PNUE.

Le paysage de l’Ogoniland  porte les stigmates de l’exploitation pétrolière. La région est quadrillée d’oléoducs, jonchée de puits et les défenseurs de l’environnement dénoncent depuis des années l’impact environnemental de l’exploration de brut qui a détruit, selon eux, les moyens de subsistance d’une population Ogoni vivant essentiellement de la pêche et de l’agriculture. « Dans au moins dix communautés Ogoni, où l’eau potable est contaminée avec des niveaux élevés d’hydrocarbures, la santé publique est sérieusement menacée », ajoute le PNUE, précisant que l’une de ces communautés est située à proximité d’un oléoduc de la compagnie pétrolière nigériane (NNPC).

Le groupe pétrolier Shell mis en cause

A la question délicate de la responsabilité de ce véritable désastre écologique, des ONG dont Amnesty International ont répondu en pointant du doigt la compagnie anglo-néerlandaise Shell, la plus ancienne et la plus importante des compagnies pétrolières opérant au Nigeria.  « Shell a eu un impact terrible au Nigeria et s’en est sorti en niant cela des décennies durant » accuse Amnesty international. L’entreprise avait dû quitter le Nigeria en 1993 après des violences liées à la pauvreté et aux dégâts environnementaux.

Une mise en cause relayée par le rapport du PNUE. «Le contrôle et l’entretien des installations pétrolières dans l’Ogoniland demeure inadéquat : les propres procédures de Shell Petroleum Development Company (SPDC) n’ont pas été respectées, conduisant à des problèmes de santé publique et de sécurité » décrit l’organisation. L’entreprise anglo-néerlandaise s’est défendu, affirmant que la plupart des fuites étaient dues à « des sabotages, des vols et au raffinage clandestin. » « Nous nettoyons toutes les fuites depuis nos installations quelle qu’en soit la cause », a  également assuré dans un communiqué Mutiu Sunmonu, directeur général de SPDC, qui gère les opérations nigerianes pour Shell. La compagnie a toutefois avoué sa responsabilité dans deux marées noires en 2008 et 2009 dans le golf du Niger et s’est engagé à payer des compensations.

Amnesty international a aussi critiqué le laxisme des autorités nigeriannes dénonçant « le grave échec du gouvernement nigerian à réguler et contrôler les compagnies telles que Shell. »

Entre 25 et 30 ans de nettoyage

Pour éliminer cette pollution à grande échelle, la tâche s’annonce difficile et longue. L’assainissement complet de la zone de l’Ogoniland devrait prendre entre 25 et 30 ans.
Le PNUE préconise la création d’un fonds spécial pour l’Ogoniland alimenté par le gouvernement nigerian et les compagnies pétrolières à hauteur d’un milliard de dollars.
Goodluck Jonathan, le président nigerian, assure que son gouvernement va entamer des négociations avec Shell et les autres compagnies pétrolières.

 

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