Justice

Tunisie : contestations suite à la libération d’ex-dignitaires du régime Ben Ali

| Par Jeune Afrique
Manifestation réclamant l'indépendance de la justice à Tunis, le 8 août 2011.

Manifestation réclamant l'indépendance de la justice à Tunis, le 8 août 2011. © AFP

Sept mois après la chute du régime Ben Ali, la Tunisie est en proie à une véritable crise de confiance, suite à la libération d’anciens ministres et à l’impunité accordée à d’autres ex-dignitaires.

« Les éléments de l’ancien système sont toujours présents. Ils sont intégrés dans de nouveau partis, sous d’autres noms, mais ils agissent encore » affirme Najiba Bakhtri, enseignante syndicaliste.

Lundi, des centaines de personnes manifestaient dans le centre de Tunis pour réclamer une justice indépendante et une véritable rupture avec l’ancien régime. Les manifestants dénonçaient  notamment le retour sur scène de membres du rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du dictateur déchu, qui a été dissous.

Cette manifestation intervient quelques jours après le procès au Caire de l’ancien chef d’État égyptien, Hosni Moubarak, qui constitue une première dans l’histoire d’une région soumise aux dictatures. « Il n’est pas normal qu’en Égypte un président dictateur puisse être jugé et qu’en Tunisie, d’anciens ministres de Ben Ali soient libérés » s’indigne Khouloud Adouli, étudiante à Tunis.

Des « procès formels » pour « amuser la galerie »

Car au lendemain du procès Moubarak, le 4 août, Abdelrahim Zouari, ancien ministre arrêté le 13 avril, était blanchi dans une affaire de financement illicite du RCD, qu’il a dirigé de 1988 à 2000. Il reste toutefois en détention pour affaire de corruption. La veille, Béchir Tekkari, ancien ministre de la Justice placé en garde à vue depuis le 11 juillet pour corruption présumée, avait été remis en liberté.

« Le problème n’est pas libération de M. Tekkari, c’est le message d’impunité envoyé aux petits corrompus avec cette libération » , critique Me Abdenaceur Aouini, un avocat célèbre qui bravé le couvre-feu en plein centre de Tunis pour manifester à l’annonce de la fuite de Ben Ali.

De même pour  Saida Agrebi – figure emblématique du régime Ben Ali et bras droit de son épouse Leïla Trabelsi – chargée de mener des campagnes de propagande en faveur du régime sous couvert d’une association carritative – a réussi à quitter la Tunisie pour la France alors qu’elle était sous le coup d’une plainte de justice.

Quant à l’ancien président, réfugié en Arabie Saoudite, il a été condamné par contumace à plus de 66 ans de prison dans trois procès différent en un seul mois. Des procès formels pour apaiser la tension et « amuser la galerie » explique le juge Mokhtar Yahiaoui, limogé sous l’ancien régime.

Un besoin de réforme

Si avec la suspension de la constitution, les appareils législatifs et exécutifs ont été dissous, le pouvoir judiciaire à lui été maintenu : une continuité qui fragilise sa légitimité et sa crédibilité. Sur la toile et les réseaux sociaux, des internautes dénoncent en effet une justice qui  « lave plus blanc que blanc ». Peu enclin à la communication, le ministre de la Justice Lazhar Karoui Chebbi est lui-même l’objet de vive critique de la part de la Haute instance chargée des réformes.

De son côté, l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) compte déposer plainte auprès du tribunal administratif pour avoir plus d’éclaircissement sur les différentes décisions de justice prises à l’encontre des caciques de l’ancien régime.

Une réforme annoncée du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) est toujours dans les cartons. Ce projet, attribuant la présidence du CSM au Premier président de la Cour de Cassation et non plus au chef de l’État, aurait été présenté pour avis au syndicat et à l’AMT qui n’ont pas encore répondu, explique le ministère de la justice. L’association des magistrats réclame quant à elle la création d’un Conseil supérieur de la justice transitionnel et refuse de cautionner les décisions de l’actuel CSM. « Les magistrats compromis avec l’ancien régime ont été maintenus voire promus », affirme le président de l’AMT, Ahmed Rahmouni.

«Le principe de l’inamovibilité des juges n’a jamais existé en Tunisie. Sans ce principe qui évite les mutations sanctions, nous ne pouvons pas parler d’indépendance», affirme-t-il.

(avec AFP)
 

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