Musique

Côte d’Ivoire : requiem pour la rue Princesse

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Un bar de la "rue Princesse", le 14 mai 2011 dans le quartier de Yopougon, à Abidjan.

Un bar de la "rue Princesse", le 14 mai 2011 dans le quartier de Yopougon, à Abidjan. © Sia Kambou/AFP/Archives

La polémique au sujet de la destruction des cafés et boîtes de nuit de la rue Princesse, haut lieu de la nuit abidjanaise, continue. En attendant une hypothétique reconstruction, c’est tout le monde de la nuit qui est en deuil. Mais le gouvernement compte aller plus loin encore.

Cela fait plus d’une semaine que la « rue Princesse » d’Abidjan, le temple de « la joie » et de la « fête » en Côte d’Ivoire, n’existe plus, et les avis restent très partagés sur les raisons de sa destruction. Cette rue célèbre pour ses multiples bars, maquis (bars à ciel ouvert), pubs, restaurants et autres night clubs a été totalement rasée par des bulldozers le 5 août, sur ordre d’Anne Ouloto, la ministre de la Salubrité publique du gouvernement Ouattara.

Fréquentée quotidiennement par des milliers de personnes, la rue Princesse avait la réputation d’être l’une des destinations nocturnes les plus animées d’Afrique subsaharienne. Une rue de 2 km où le sexe, l’alcool et la musique faisaient bon ménage au rythme des sonos tonitruantes.

Croisade contre l’anarchie

« Le temps du désordre et du laxisme est terminé », se justifie Anne Ouloto. L’heure du jugement dernier a donc sonné et les célèbres lieux de « shows », du « Ramé » au « Café Cacao » en passant par « Le Jackpot » ou encore « Le Queens », appartenant à la famille du footballeur Didier Drogba (et où Laurent Gbagbo et Jack Lang avaient fait la fête en 2008), ne sont plus désormais que des tas de ruine.

Mais la croisade de la ministre contre la « prostitution » et les « nuisances sonores » devrait continuer. « Nous allons poursuivre cette opération jusque dans les quartiers afin dégager commerçants et vendeurs installés de manière anarchique sur les trottoirs. Nous comptons finir cette phase le 30 décembre et nous attaquerons les villes de l’intérieur », affirme Anne Ouloto.

Une politique qui soulève cependant une vive polémique, ses partisans et ses adversaires se livrant une rude bataille d’arguments. « C’était une grave erreur du pouvoir Ouattara de détruire la rue Princesse, on aurait pu demander aux propriétaires des bars et discothèques de mettre de l’ordre », estime ainsi Jean-Jacques N’guessan, un noceur invétéré.

« Notre Las Vegas »

« La rue Princesse, c’est notre Las Vegas ou encore notre Times Square. La détruire de la sorte, c’est amputer Abidjan de ce qui fait son originalité », renchérit Charlemagne Koudou, un riverain. En revanche, beaucoup se réjouissent de la démolition car la rue était devenue un enfer sonore pour les habitants des quartiers mitoyens. « Nous pourrons dormir tranquilles, il y a très longtemps qu’on attendait ce jour, la rue était devenue un haut lieu de pédophile où nos enfants allaient se prostituer », fustige Mamou Koné, une brave mère de famille.

Quelques semaines plus tôt, rien ne présageait pourtant de la destruction de cet endroit réputé pour son animation. Le 28 juillet dernier, le ministre de la Culture, Maurice Bandama, y avait effectué un déplacement pour lancer la nouvelle campagne nationale d’identification des tenanciers de bars, maquis, discothèques et boîtes nuit. Il avait alors annoncé que la rue Princesse constituait un espace culturel national. Et il est vrai que les établissements qui s’y trouvaient constituaient un vrai baromètre du succès des artistes de « coupé décalé » et de « zouglou », musiques urbaines très appréciées à l’international. La rue était un maillon essentiel de la chaîne de production musicale et donc un élément du rayonnement culturel de la Côte d’Ivoire.

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