Droits de l’homme

Cameroun : deux hommes traduits en justice pour leur aspect « efféminé »

| Par Jeune Afrique
« La police arrête des gens parce qu’ils ont l’air homosexuel, ce qui viole la Constitution. »

"La police arrête des gens parce qu'ils ont l'air homosexuel, ce qui viole la Constitution." © AFP

Deux jeunes hommes ont été arrêtés par la police camerounaise à la sortie d’un bar de Yaoundé au motif que leur apparence a été jugée « efféminée ». Par la contrainte, ils ont été forcés d’avouer leur homosexualité supposée, puis traduits en justice.

Yaoundé, le 25 juillet au soir. Jonas et Franky, deux jeunes âgés de 19 et 20 ans viennent de quitter un bar avec un troisième homme, lorsqu’ils sont interpellés par des officiers de police. Ces derniers les prennent d’abord pour des femmes mais, après avoir contrôlé leur identité, ils se rendent compte de leur méprise. L’histoire – coquasse – pourrait s’arrêter là, mais on est au Cameroun. Les policiers décident d’embarquer les trois hommes aux bureaux de la direction générale de la police judiciaire. Et leur calvaire commence.

Le droit camerounais autorise des gardes à vue de 48 heures. Les trois hommes seront détenus pendant près d’une semaine par la police. L’Association pour la défense de l’homosexualité (Adefho) au Cameroun, soutenue par Human Rights Watch, accuse la police de ne pas avoir nourri Jonas et Franky durant toute la durée de leur détention, et de les avoir également violemment battus dans le but de leur faire avouer leur homosexualité supposée.

Motifs discriminatoires

Sur la base des aveux ainsi extorqués, le procureur général a formellement inculpé Jonas et Franky le 1er août, avant de relâcher leur compagnon d’infortune. L’article 347 bis du code pénal camerounais interdit les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe. Le procès des deux Camerounais, accusés d’homosexualité, s’ouvre le 18 août. « La police camerounaise arrête des gens parce qu’ils ont l’air homosexuel, ce qui est totalement absurde et viole la Constitution du pays ainsi que les lois internationales. Elle se fonde sur des motifs discriminatoires pour punir des gens simplement pour leur apparence », dit Alice Nkom directrice de l’Adefho.

En mars 2011, Roger Jean-Claude Mbede avait écopé de trois ans de prison pour avoir avoué son homosexualité à la police. Comme dans le cas de Jonas et Franky, il n’y avait aucune preuve de conduite criminelle ni de flagrant délit d’homosexualité. La santé de Mbede a décliné depuis son entrée en prison et il risque à tout instant d’être victime de violences du fait de son orientation sexuelle.

En 2010, l’Organisation des Nations unies pour les droits de l’homme avait pourtant demandé au Cameroun de dépénaliser les rapports homosexuels consentis : « La loi Camerounaise qui pénalise la conduite homosexuelle est un outil de persécution librement utilisé par la police et les autorités judiciaires à l’encontre de citoyens innocents ». Mais jusqu’à présent, les autorités font la sourde oreille.

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