Politique

Libye : Kadhafi traqué, Seif el-Islam libre

Seif el-Islam devant des journalistes et ses partisans à Tripoli, la nuit du 22 au 23 août 2011. © AFP

Contrairement à ce qu'avait affirmé le CNT, Seif el-Islam n'a pas été arrêté. Il est apparu libre à Tripoli devant des journalistes, alors que la traque acharnée de son père par la rébellion et l'Otan se poursuit en Libye.

C’est tout sourire que Seif el-Islam a démenti son arrestation devant trois journalistes qu’il avait fait venir de l’hôtel Rixos au complexe militaire fortifié de son père Bab Al-Aziziya, aux toutes premières heures de la journée. Le fils de Kadhafi, porte-parole officieux du régime libyen est arrivé à bord d’un véhicule tout terrain devant l’immeuble qui avait été bombardé par les Américains en 1986. La rencontre s’est ensuite déroulée sur un terrain vague attenant. « Je suis là pour démentir les mensonges », a-t-il déclaré en affirmant que la capitale était « sous le contrôle » des forces du régime.

« Vous avez vu comment le peuple libyen s’est soulevé pour combattre l’arrivée des rebelles ? » a-t-il lancé. « L’Occident dispose d’une haute technologie qui a perturbé les télécommunications et a envoyé des messages au peuple faisant état de la chute du régime du colonel Kadhafi, a-t-il ajouté. Selon lui, des SMS de propagande ont été envoyés dimanche à de nombreux habitants de Tripoli pour répandre de fausses rumeurs.

« C’est une guerre technologique et médiatique pour provoquer le chaos et la terreur en Libye », a-t-il ajouté. « Ils [les rebelles, NDLR] ont aussi fait infiltrer des bandes de saccageurs (dans la capitale) par la mer et à bord de voitures », a-t-il ajouté. Il a également assuré que les forces loyales au régime ont fait subir à la rébellion de « lourdes pertes » aux rebelles qui prenaient d’assaut la résidence de son père.

Le régime serait-il plus solide que ne l’estiment les forces alliées aux rebelles ? Plus de six mois après le début du soulèvement en Libye à la mi-février, ils étaient nombreux lundi, au lendemain de l’entrée des rebelles à Tripoli, à juger que le régime n’en avait plus pour très longtemps, qu’il « touchait à sa fin », selon les mots du président américain.

Multiples réunions sur la Libye

Barack Obama a exhorté le dirigeant libyen à annoncer « expressément » son départ après 42 ans de règne. Le patron de l’ONU Ban Ki-moon a quant à lui convoqué un sommet sur la Libye cette semaine. Le Groupe de contact doit également se réunir jeudi à Istanbul tandis qu’un sommet du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) est prévu vendredi à Addis Abeba.

Pendant ce temps, Kadhafi compte bien s’accrocher encore au pouvoir. Selon une source diplomatique, il se trouverait toujours dans sa résidence du quartier de Bab Al-Aziziya à Tripoli. La Maison Blanche affirme ne disposer d’aucune preuve de son départ de Tripoli et la rébellion dit ignorer où il est.

La rébellion avait annoncé avoir « arrêté » dimanche deux de ses fils, Mohamed et Seif al-Islam. Pour le second, il s’agissait vraisemblablement d’une manipulation destinée à affaiblir le moral de l’adversaire. Et pour le premier, un haut responsable des rebelles a indiqué que qu’il avait réussi à s’échapper.

Les rebelles tiennent cependant une bonne partie de la ville, jusqu’à 80 % selon de nombreuses sources. Ils ont atteint la place Verte, un lieu symbolique où les partisans du régime avaient l’habitude de se rassembler et que les insurgés ont rebaptisée « place des Martyrs ». Une foule en liesse a dansé toute la nuit en agitant des drapeaux rouge, noir et vert, aux couleurs de la rébellion.

Snipers embusqués

Les rebelles ont pris le contrôle des locaux de la télévision d’État, qui a cessé d’émettre. Mais des tireurs embusqués sur le toit d’immeubles freinent leur progression dans de nombreux quartiers et l’euphorie semble retombée. Ils attendent désormais le renfort de milliers d’autres combattants et hésitent sur la manière d’avancer : rapidement à travers de grandes avenues exposées aux tirs des snipers, ou lentement à travers le labyrinthe de ruelles sans savoir qui les attend au tournant.

A Benghazi, les rebelles ont confirmé que « plusieurs navires sont arrivés » à Tripoli « depuis Misrata, avec à leur bord un grand nombre de combattants et de munitions ». « L’époque de Kadhafi est révolue (…) mais nous ne pouvons pas dire que nous contrôlons Tripoli », a dit le président du CNT Mustapha Abdeljalil lors d’une conférence de presse, menaçant de démissionner si des exactions et des « actes de vengeance » étaient commises par ses troupes. « Nous espérons que Mouammar Kadhafi sera capturé vivant pour qu’il puisse avoir un procès équitable », a-t-il ajouté.

Enfin, le département d’État a fait savoir que des proches du dirigeant libyen ont tenté de négocier avec l’administration américaine jusqu’au début de l’offensive rebelle contre Tripoli. Mais « aucun d’entre eux n’était sérieux, parce qu’aucun » n’offrait en préalable le départ du pouvoir du colonel Kadhafi, a indiqué à la presse Victoria Nuland, la porte-parole du département d’État.

Ailleurs en Libye, des affrontements ont été signalés dans les villes d’Al-Aziziya (50 km au sud de Tripoli) et d’Al-Khoms, à mi-chemin entre la capitale et Misrata (est). Plus à l’est, les pro-Kadhafi ont évacué la ligne de front de Brega et fui vers l’Ouest en direction de Syrte, ville d’origine et bastion du dirigeant libyen, selon la rébellion dont le chef a promis que les villes de Syrte et de Sebah « se soulèveront bientôt à leur tour ».

(Avec AFP)

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