Politique

Libye : les rebelles se préparent pour la bataille de Syrte

Mis à jour le 31 août 2011 à 10:22

Syrte, le dernier grand bastion pro-Kadhafi où l’ex-dirigeant libyen pourrait se trouver, est désormais dans le viseur de la rébellion. Alors que l’ultimatum fixé par le CNT pour la reddition des forces loyalistes court jusqu’à samedi, les insurgés se préparent à leur dernière grande bataille.

L’ultimatum fixé par les rebelles aux dernières forces loyales à Mouammar Kadhafi court jusqu’à la fin des réjouissances de l’Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du ramadan. « À partir de samedi, si une issue pacifique n’est toujours pas en vue sur le terrain, nous pourrons faire la différence militairement », a menacé Mustapha Abdeljalil à Benghazi (est de la Libye).

Dernier bastion pro-Kadhafi, Syrte (360 km à l’est de Tripoli) est particulièrement visée par l’ultimatum. « Le lancement de la bataille finale est imminent », a assuré le porte-parole militaire de la rébellion, Ahmed Omar Bani, qui appelle les habitants de la ville à « se soulever » alors que les troupes du CNT y convergent. Le contrôle de cette cité côtière de quelque 120 000 habitants est essentiel, tant il pourrait porter le coup de grâce au régime.

Résistance farouche et organisée

Selon le chef d’un groupe de rebelles, Ismaïl Chalouf, ceux-ci se sont rapprochés jusqu’à 70 km de la ville, avant d’être obligés de se replier à cause de bombardements à l’arme lourde. Parallèlement, à environ 150 km à l’ouest de Syrte, des négociations étaient en cours pour une éventuelle reddition de Al-Sadaada, où des opérations de reconnaissance avaient lieu.

Mouammar Kadhafi reste quant à lui introuvable. Après l’avoir situé à la frontière algérienne, les rumeurs le donnent désormais comme réfugié dans sa région natale de Syrte, encerclée par les insurgés. Quelle que soit sa position, il continue de résister farouchement à ses ennemis. Selon le porte-parole de l’opération « Protecteur unifié », le colonel Roland Lavoie, l’ex-« Guide » conserve une capacité « à commander et contrôler des troupes, leurs mouvements, et celui d’armes. (..) Les (forces) pro-Kadhafi (…) ne sont pas en pleine débandade, elles cèdent du terrain de manière ordonnée et se retirent sur la moins mauvaise de leurs positions, compte tenu de leur armement », a-t-il souligné.

À Tripoli, les rumeurs se multiplient sur une éventuelle « surprise » que préparerait Kadhafi pour l’Aïd el-Fitr, qui coïncide avec le 42e anniversaire de la révolution qui l’a porté au pouvoir, le 1er septembre 1969…

Sur le front diplomatique

Plus que d’autres pays africains, l’Algérie paraît embarrassée par la victoire attendue des rebelles (lire aussi : "La victoire du CNT plonge la diplomatie algérienne dans l’embarras). Alors qu’Alger avait fermé ses frontières aux réfugiés libyens au début de l’insurrection, elle a annoncé hier avoir accueilli pour « des raisons strictement humanitaires » une partie de la famille de Mouammar Kadhafi sur son sol : son épouse Safia Ferkash et trois de ses enfants, Mohamed, Hannibal et Aïcha, laquelle a accouché mardi d’une petite fille. Le CNT a aussitôt jugé « très imprudent » le comportement de l’Algérie, qui a agi selon lui contre « les intérêts du peuple libyen », tout en demandant le retour des fugitifs pour les juger « avec le bénéfice du doute ».

Pendant ce temps, les préparatifs de la réunion du Groupe de contact sur la Libye avaient lieu à Paris. Une soixantaine de délégations sont attendues jeudi pour une « Conférence des amis de la Libye » qui a pour objectif d’aider le CNT à avancer vers la démocratie. Le comité des sanctions de l’ONU a pour sa part approuvé mardi la demande de Londres de débloquer 1,6 milliard de dollars d’avoirs libyens gelés, afin d’apporter une aide humanitaire au pays.

Enfin, le Zimbabwe de Robert Mugabe, qui entretenait de bonnes relations avec Mouammar Kadhafi, a quant à lui décidé d’expulser l’ambassadeur de Libye à Harare, lequel avait annoncé son ralliement à la rébellion le 24 août.