Politique

Sénégal : polémique sur la caution de 65 millions de F CFA pour les candidats à la présidentielle

Le président sénégalais Abdoulaye Wade le 9 juin 2011 à Benghazi , en Libye.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade le 9 juin 2011 à Benghazi , en Libye. © AFP

Le gouvernement sénégalais a fixé à 65 millions de francs CFA le montant de la caution que les candidats à la présidentielle devront débourser. L’opposition juge ce montant injuste mais craint que cette polémique n’éclipse le débat sur la constitutionnalité de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade.

L’inflation est galopante au Sénégal. Lundi, le montant de la caution réclamée aux candidats à l’élection présidentielle de février 2012 a été fixé à 65 millions de francs CFA (environ 100 000 euros). C’est plus du double que ce qui était demandé en 2007 (25 millions de francs CFA) et onze fois plus que lors du scrutin de 2000 (6 millions de Francs CFA).

Au ministère des Élections, on explique que le nouveau montant vise à « décourager ceux qui viennent surtout pour faire leur marketing politique personnel ».

"Candidatures fantaisistes"

« C’est normal de fixer la caution à ce niveau pour éviter les candidatures fantaisistes, comme celles qui s’annoncent », a renchérit Aliou Dia, membre de l’Alliance Sopi pour toujours (AST), coalition de la majorité soutenant la candidature du président sortant Abdoulaye Wade. « On voit toutes sortes de candidatures et c’est déplorable pour la démocratie, a-t-il ajouté. Ca va coûter cher au contribuable et ça ne rapporte rien à la démocratie. Le montant de 65 millions de FCFA me paraît raisonnable. »

Il paraît en tout cas de nature à décourager les plus petits candidats, d’autant que seuls ceux qui obtiendront plus de 5% des voix se verront rembourser de leur caution.

"En 2000, Wade n’aurait pas pu se présenter"

Mais pour l’opposition, la mesure vise surtout à exclure de la course les moins fortunés. « C’est un scandale […] une mesure anti-démocratique et anti-républicaine », a ainsi estimé Ibrahima Sène, un des responsables de Benno Siggil Senegaal, principale coalition de l’opposition.

Amsatou Sow Sidibé, la seule femme parmi la vingtaine de candidats déclarés, parle quant à elle de « négation de la démocratie. » « Le régime en place est aux affaires depuis onze ans » et « s’est illustré comme un pouvoir vorace et boulimique. [Pour lui], 65 millions de FCFA, ce n’est rien, contrairement à tous ceux qui travaillent à la sueur de leur front » a-t-elle encore déclaré, ajoutant malicieusement que l’actuel président « n’aurait sans doute pas pu se présenter » faute de moyens en 2000, si le montant de la caution avait été aussi important.

Recentrer le débat

Mais pour Ibrahima Sène, cette mesure est surtout un moyen pour le pouvoir de « déplacer le débat ». « Le vrai problème, c’est la candidature de M. Wade » a-t-il estimé.

Plusieurs partis d’opposition et organisations de la société civile jugent en effet que la candidature du président sortant est « anti-constitutionelle ». Abdoulaye Wade a été élu pour un septennat en 2000, puis réélu en 2007 après une révision constitutionnelle. Celle-ci fixe le mandat présidentiel à cinq ans et stipule qu’il n’est renouvelable qu’une seule fois. L’opposition juge que cette limitation doit être appliquée à Abdoulaye Wade dès les prochaines élections, tandis que ses partisans estiment qu’elle n’est valable que pour les élections postérieures à la réforme.

(avec AFP)

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