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Cet article est issu du dossier «Affaire Bourgi : tempête sur la Françafrique»

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Affaire Bourgi : ouverture d’une enquête préliminaire, tollé dans l’opposition congolaise

L'avocat Robert Bourgi répond aux journalistes à Paris le 12 septembre 2011.

L'avocat Robert Bourgi répond aux journalistes à Paris le 12 septembre 2011. © AFP

Suite aux déclarations de Me Robert Bourgi dans la presse, le parquet de Paris a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire. Selon l'avocat, six chefs d'État Africains auraient financé de manière occulte plusieurs présidents et hommes politiques français, dont Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Jean-Marie Le Pen. Des allégations qui ont suscité l'indignation de l'opposition congolaise, le nom de Denis Sassou Nguesso étant cité par Robert Bourgi.

« Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains –Abdoulaye Wade (Sénégal)Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne (présidentielle) de 2002 ». Par cette simple phrase, entre autres, publiée dimanche dans une interview du Journal du dimanche, le missi dominici de la Françafrique Robert Bourgi a lancé une vraie tempête médiatico-politique.

Suite à ses déclarations, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à la brigade financière pour entendre Me Bourgi. De fait, les demandes d’enquêtes se sont multipliées, en France – à droite comme à gauche – mais aussi sur le continent et notamment au Congo-Brazzaville.

"Faits gravissimes"

« Il faut une enquête immédiate. Ce sont des faits gravissimes », a déclaré Jean-Claude Siapa Ivouloungou, député de l’UPADS, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale, la principale formation de l’opposition. « Je veux que toute la vérité soit dite. Je veux savoir la contrepartie de tels dons, parce que cet argent qui est versé n’est pas connu des parlements nationaux » des pays cités, a-t-il ajouté.

« Des dons à la France! C’est un sacré retournement de l’histoire. Les Français sont pourtant des donneurs de leçon en matière de lutte contre la corruption », a poursuivi le député. « C’est l’argent des contribuables congolais qui sert de dons alors qu’ils vivent eux-mêmes dans la misère. Une enquête nous aiderait à voir clair », a réclamé pour sa part Paul Marie Pouélé, porte-parole de l’Alliance pour la république et la démocratie (ARD, composée d’une dizaine de formations de l’opposition).

Plaintes en série

« Pour nous il faut bien qu’une enquête soit menée pour faire la lumière sur cette affaire », s’est par ailleurs indigné Brice Mackosso de la Commission diocésaine justice et paix (CDJP), membre de la société civile. Quant au gouvernement congolais, il s’est opposé « avec la dernière énergie aux allégations qui ont été avancées par M. Robert Bourgi », a rapporté son porte-parole Bienvenu Okiemy.

Autre réaction africaine, celle du Sénégal qui a aussi vigoureusement démenti les allégations de Bourgi. Le fils du président sénégalais, Karim Wade (qui avait déjà été mis en cause par l’avocat dans une autre affaire) a décidé de porter plainte immédiatement pour diffamation contre Bourgi, tout comme Jacques Chirac, ainsi que Dominique de Villepin et même Jean-Marie Le Pen, accusé d’avoir perçu de l’argent de feu Omar Bongo Ondimba.

Prescription des faits

« M. Bourgi joue sur un certain nombre de tableaux, car il n’évoque que des faits qui sont prescrits, il est donc difficile de faire une enquête judiciaire », a réagi Me Jean Veil un des avocats de M. Chirac, qui dénonce des accusations « totalement fantasmatiques ». Pour lui, « il faudra bien que M. Bourgi apporte la preuve de ce qu’il avance ». Or c’est là que le bât blesse : l’intéressé a lui-même reconnu n’avoir « aucune preuve » de ce qu’il avançait, faisant valoir que « dans ce domaine-là, il n’y a aucune trace ».

Pour l’avocat de Transparency International France, Me William Bourdon, « seule une enquête judiciaire permettra de dire si les faits sont prescrits ou non ». Une chose est sûre : les accusations de Bourgi viennent troubler le débat en cette pré-campagne présidentielle . « Je pense qu’il y a là une manœuvre mais je voudrais savoir dans quel but ? De la part de qui ? A qui profitent ces calomnies ? » s’est interrogé l’ex Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. « Calomniez, salissez, il en restera toujours un peu », a déploré le chiraquien Christian Jacob, patron des députés UMP. Mais pour l’instant; le seul qui semble au-dessus de la mêlée, c’est bien Nicolas Sarkozy. Dont Bourgi est un proche conseiller officieux.

(Avec AFP)

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